Accusé de chasse aux directeurs d’hôpitaux, l’association Jean-Louis Mégnien réplique

Paris, le jeudi 8 décembre 2016 – Fin novembre dans les colonnes du Parisien, l’association des amis de Jean-Louis Mégnien, qui s’est constituée quelques semaines après le suicide du professeur du cardiologie parisien, publiait une carte du harcèlement dans les hôpitaux publics. Reposant sur les témoignages de quelque 200 médecins et infirmiers, ce panorama signalait les cas de 70 établissements au sein desquels seraient déplorées des situations de harcèlement, face auxquelles les équipes dirigeantes n’afficheraient pas toujours la neutralité indispensable, quand elles n’aggraveraient pas les difficultés. Quelques affaires ont par exemple pu révéler comment la condamnation judiciaire des directions n’avait parfois conduit non seulement à aucune sanction mais surtout à aucune action pour améliorer la situation du praticien maltraité, malgré le reconnaissance de la justice.

« Procureurs »

Cette opération de transparence réalisée ces derniers mois par l’association Jean-Louis Mégnien dérange et fait tiquer. Le 1er décembre dernier, lors du congrès de la CFDT, l’ancien secrétaire général du SYNCASS-CFDT, Michel Rosenblatt (qui représente les directeurs d’hôpitaux) exprimait clairement des réticences partagées par d’autres. « Il est légitime de vérifier si des contextes de travail comportent des abus, voire un harcèlement. Mais l’initiative et la responsabilité de cette mission reviennent aux acteurs locaux, aux autorités publiques et, parfois, au juge. En tout cas pas aux promoteurs d’une chasse aux directeurs, se voulant des procureurs, et cherchant à imposer, à partir de certaines situations douloureuses ou extrêmes, une clé de lecture bien éloignée de la réalité » lança Michel Rosenblatt devant une assemblée acquise à sa cause.

Des directeurs spectateurs inactifs dans la plupart des cas

Cette critique n’a pas échappé à l’association des amis de Jean-Louis Mégnien, qui réplique aujourd’hui dans une lettre ouverte adressée à Michel Rosenblatt qui vient de quitter la tête du SYNCASS. L’organisation rappelle tout d’abord que sa volonté de rendre enfin publiques les situations de harcèlement ne vise pas en priorité les directions, notamment, parce que dans la majorité des cas, l’origine du conflit concerne des médecins. Les équipes dirigeantes ne sont que rarement directement impliquées. Néanmoins, l’association de praticiens juge que leurs interventions ne sont pas toujours conformes à ce qui est attendu d’elles en termes d’impartialité et d’efficacité. Concernant Jean-Louis Mégnien par exemple, beaucoup considèrent que les agissements de la directrice ont conforté et même favorisé l’exclusion non justifiée du praticien.

L’association indique d’ailleurs attendre des sanctions à son encontre.

Une action légitime

Surtout, l’association rappelle la légitimité de son action. Elle affirme que les témoignages recueillis ces derniers mois confirment l’existence de maltraitances institutionnelles, qui sont loin de constituer des exceptions.

« Nous avons suffisamment de témoignages pour nous targuer de connaître la réalité, et par conséquent pour proposer une lecture réfléchie, dont les spécialistes du harcèlement ont reconnu la pertinence ». Forte de cette conviction, l’association affiche sa détermination à continuer à agir. « Nous avons pour seule arme notre action associative. Vous ne nous ferez ni taire, ni renoncer ».

Faut-il voir dans cette passe d’arme (qui s’achève néanmoins par le désir d’une union pour refonder l’hôpital et sa gestion « catastrophique ») le refus des directeurs hospitaliers de briser l’omerta sur des situations qui font honte à la fonction publique et qui sont révélatrices de dysfonctionnements fréquents ? Ou s’agit-il d’une illustration supplémentaire des écueils inévitables d’une nouvelle forme d’exercice de la démocratie, qui voit des citoyens s’emparer seuls d’une cause, avec des outils dont la fiabilité est nécessairement sujette à discussion, ce qui ne peut que fragiliser, légitimement ou non, la force et la nécessité de leur message ?

Aurélie Haroche

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