Acte II du quinquennat : Agnès Buzyn au premier plan

Paris, le jeudi 13 juin 2019 – L’acte II du quinquennat d’Emmanuel Macron, dont les grandes orientations ont été présentées hier lors d’un discours de politique générale du Premier ministre Édouard Philippe pourrait être moins centré sur les priorités économiques et se consacrer plus largement aux enjeux sociétaux.

Un passé crispant

Des actions ont (auraient ?) cependant déjà été engagées sur ces terrains a rappelé le chef du gouvernement qui a notamment évoqué la loi de santé, actuellement débattue par le Parlement. « Nous sommes tous choqués par ces images d’urgences saturées ; de brancards qui s’empilent dans les couloirs ; de professionnels qui enchaînent les heures et les patients. Agnès Buzyn a apporté des premières réponses la semaine dernière, pour mieux reconnaître l’engagement des professionnels et moderniser les locaux. Mais tout le monde sait que la situation des urgences traduit un mal plus profond. Notre ambition est de transformer le système de santé, en ville comme à l’hôpital, pour mettre un terme aux crises qui minent la confiance des soignants et des patients. La loi sera bientôt votée. C’est une grande loi de transformation. Le défi sera alors celui de l’exécution. Nous serons au rendez-vous » a-ainsi promis Edouard Philippe avant d’en appeler « au sens des responsabilités de tous les professionnels de santé, publics et privés, pour se rassembler autour des directeurs d’ARS, afin de coordonner leur présence estivale et d’anticiper les points de tension à venir ». Cette recommandation pourrait susciter quelques crispations de la part des urgentistes qui sont beaucoup à juger que les seules bonnes volontés ne suffiront pas à éviter des crises majeures. De la même manière, au lendemain de la tentative avortée du parti socialiste de faire adopter un amendement allongeant les délais d’IVG, et alors que beaucoup ont regretté les positions ambiguës des ministres du gouvernement sur le sujet, le salut lancé par Edouard Philippe au « combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes que mène le Gouvernement, avec Marlène Schiappa » suscitera sans doute quelques réserves.

Vieillissement de la population : agir sans déni

Si, on le sait, concernant les actions de ces derniers mois, le gouvernement ne peut s’enorgueillir (loin de là) d’un bilan sans nuance, son ambition pour l’avenir n’en est pas moins marquée. Ainsi, Edouard Philippe a-t-il annoncé que « l’acte II, c’est répondre au défi du vieillissement de la population. C’est l’un de nos grands défis de société. Certains parlent d’une révolution de la longévité... Nous avons trop tardé pour nous y confronter, parce que les budgets en jeu sont gigantesques, mais aussi peut-être par une forme de déni. Nous le voyons tous avec nos parents ou nos grands-parents : malgré le dévouement des soignants, des familles et des aidants, nous sommes mal préparés » a observé le Premier ministre qui a multiplié dans son discours les évocations de nos freins personnels (y compris les siens) à faire face aux problèmes majeurs. Sans se montrer très précis sur la teneur du projet de loi qui doit être présenté à la fin de l’année par Agnès Buzyn qui « définira une stratégie et la programmation des moyens nécessaires pour prendre en charge la dépendance », Edouard Philippe a néanmoins dessiné quelques orientations en insistant sur l’importance de promouvoir le maintien à domicile des personnes âgées. « Nous devons (…) entendre leur volonté de vieillir à domicile. Entendre les familles qui supportent une charge financière importante et qui souvent sont prises en tenaille entre leurs obligations d’enfants et celles de parents voire de grands-parents » a-t-il insisté sans oublier l’amélioration de la reconnaissance des personnels et avant d’ajouter encore : « Dès le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, nous enclencherons une première étape, avec des mesures favorisant le maintien à domicile et des investissements dans les EHPAD ».

Un autre gros chantier pour Agnès Buzyn

Agnès Buzyn, qui sera particulièrement sollicitée lors de ce second acte, devrait également redoubler d’effort vis-à-vis de l’obésité. « En matière de prévention, le Gouvernement a un bilan que je crois solide, sur le tabac, les vaccinations, la sécurité routière » a-t-il commencé par énumérer passant sous silence l’échec et les confusions concernant l’alcool (mais prenant le risque d’évoquer la sécurité routière vis-à-vis de laquelle la politique récente n’a pourtant pas été parfaitement cohérente). Édouard Philippe a poursuivi : « Agnès Buzyn m’a proposé d’ouvrir une nouvelle étape, pour s’attaquer à l’obésité. Il s’agira d’un objectif national, pour l’école, la santé, le sport, l’agriculture, l’industrie ». Dans cette perspective, le Premier ministre a annoncé que la France défendra auprès de la Commission européenne la nécessité de « développer l’utilisation de Nutriscore dans l’étiquetage des aliments ». Cette annonce ne pouvait que satisfaire (même si elle ne prône pas clairement l’imposition) les nombreux défenseurs de ce dispositif qui ont d’ailleurs relancé leur appel en faveur d’une obligation. Il faut dire que même si les études concernant l’étiquetage alimentaire convergent toutes dans le sens de la supériorité de Nutriscore pour orienter les choix des consommateurs, les controverses concernant l’efficacité réelle de ce type d’étiquetage face à la progression de l’obésité demeurent et ne sont pas uniquement liées à l’opposition peu surprenante d’un certain nombre d’industriels.

PMA pour toutes : gestation en septembre

Enfin, c’est également probablement en partie Agnès Buzyn qui portera le projet de loi de bioéthique dont le Premier ministre a assuré qu’il serait examiné fin septembre à l’Assemblée nationale, soulageant ceux qui redoutaient de nouveaux atermoiements. A propos de ce texte qui comporte de nombreux sujets (mais pas celui difficile de l’accompagnement de la fin de vie) et notamment l’accès des couples de femmes à la procréation médicalement assistée (PMA), le Premier ministre a fait un rêve : « Je suis persuadé que nous pouvons atteindre une forme de débat serein, profond, sérieux, à la hauteur des exigences de notre pays ».

Aurélie Haroche

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