Affaire Tchernobyl : non lieu pour le professeur Pellerin

Paris, le mercredi 7 septembre 2011 - L’accident spectaculaire de la centrale ukrainienne de Tchernobyl aurait pu nous faire craindre le pire. Le drame pourtant ne semblait heureusement pas concerner la France : sur les plateaux de télévision, le professeur Pierre Pellerin alors responsable du Service central de protection contre les rayons ionisants (SCPRI) affirmait que les retombées radioactives en France étaient nulles. Cette interprétation très rassurante des faits ne résista cependant pas longtemps. Bientôt différents éléments indiquèrent que la France n’avait pas été si épargnée que ne le laissaient supposer les discours officiels. Depuis, des cartographies précises de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) publiées en 2006 ont permis de reconstituer le niveau des dépôts de césium 137 en France au lendemain de l’accident nucléaire et de distinguer entre les zones les plus et les moins exposées grâce à une échelle allant de un à quatre. Avant même, ce rétablissement de la vérité, l’observation des réactions des autorités étrangères attisa la méfiance des populations françaises. En Corse, dès le printemps 1986, les praticiens comparaient ainsi avec étonnement les mesures de précaution prises par l’Italie, concernant notamment la si proche petite île d’Elbe, avec l’immobiliste total des autorités françaises.

Plaintes en cascade

Cette distorsion entre les décisions prises de part et d’autre des Alpes ainsi que ce qu’ils pressentaient être une dissimulation volontaire de l’Etat incita des dizaines de Français à porter plainte contre X pour obtenir justice. Dans la majorité des cas, ces plaignants s’affirmaient eux-mêmes victimes de Tchernobyl et évoquaient notamment le lien entre leur affection de la thyroïde et les retombées de la catastrophe nucléaire. Une très longue instruction débuta ainsi en 2001, quinze ans après le drame ukrainien.

Pierre Pellerin mis en examen cinq ans après les premières plaintes

Cette enquête comportait deux volets : d’une part, il s’agissait de déterminer si les autorités et/ou les responsables du SCPRI avaient effectivement sciemment dissimulé l’ampleur des retombées radioactives qui touchait la France, et d’autre part, une investigation sanitaire devait être menée pour mesurer le réel impact de ces retombées. Concernant le premier élément, le rapport de Paul Genty et Gilbert Mouthon remis en décembre 2005 au juge d’instruction Marie-Odile Bertella-Geoffroy se révélait accablant pour le SCRPI. Il assurait que ce dernier n’avait transmis aux autorités compétentes qu’une information partielle, les empêchant de prendre les mesures qui s’imposaient. Pourtant, selon ces deux experts, le SCRPI avait une connaissance assez précise des menaces qui pesaient sur la France. Paul Genty et Gilbert Mouthon assuraient par ailleurs que les cartes de relevés fournies par ce service étaient inexactes. Un an après ces révélations, le professeur Pierre Pellerin était mis en examen pour infraction au code de la consommation et placé sous statut de témoin assisté concernant les délits de blessures involontaires et atteintes involontaires à l’intégrité de la personne.

Le cancer de la thyroïde en augmentation parce que mieux dépisté

Ce délit cependant était-il réellement constitué ? Existait-il effectivement une progression des affections de la thyroïde et en particulier des cancers touchant cette glande liée à l’accident nucléaire. De nombreux obstacles se dressaient face à l’élucidation de cette question en raison de la rareté de ce cancer, de l’inexistence à l’époque de registre du cancer en Corse ou encore au fait que l’amélioration du diagnostic a grandement contribué lors des dernières décennies à l’augmentation de l’incidence constatée du cancer de la thyroïde. Se heurtant à ses différents écueils, les  études menées ces dernières années se sont montrées prudentes. Un rapport publié en mai dernier par l’Institut national de veille sanitaire (InVS) spécifiquement consacré aux cancers de la thyroïde en France rappelait : « Une évaluation des conséquences sanitaires de l’accident de Tchernobyl en France a été publiée en 2001. Ce travail concluait que les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas d’exclure la possibilité d’un faible excès de cancer de la thyroïde en France lié à cet accident. Cependant, les estimations quantitatives de risque sanitaire (EQRS) utilisant les niveaux d’exposition aux retombées de cet accident (…) ont permis d’exclure un impact important des retombées de Tchernobyl en France ». Par ailleurs, la conclusion de ce rapport qui confirmait une augmentation du nombre de diagnostics de cancer de la thyroïde de 6 % par an entre 1980 et 2005 assurait : « L’évolution des pratiques médicales est principalement évoquée pour expliquer ce phénomène. Les évaluations quantitatives de risque sanitaire, associée à la surveillance des évolutions temporelles et spatiales du cancer de la thyroïde, ont permis d’exclure un impact important des retombées de Tchernobyl en France ».

Non lieu

Face à cette analyse globale de l’InVS, l’enquête publiée cet été par Pierre-Marie Bras et Gilbert Mouthon portant sur les dossiers d’un endocrinologue de l’île de Beauté qui fut pratiquement seul à exercer cette spécialité sur l’île avant 1986 et qui confirmait une progression des troubles thyroïdiens après cette date en Corse, se révèle d’un faible poids. Il semble d’ailleurs que l’ensemble des pièces accumulées par l’instruction n’a finalement pas su emporter la conviction du parquet qui, au printemps dernier, a réclamé un non lieu tandis que l’instruction du juge Marie-Odile Bertella-Geoffroy était interrompue. Aujourd’hui, sans surprise, la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris a suivi l’avis du Parquet et a choisi de clore l’enquête ouverte en 2001. Les parties civiles devraient se pouvoir en cassation.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.