Agir sur la nutrition pour influencer le cours de l’allergie

Le lien entre des perturbations du microbiote intestinal et l’allergie est désormais reconnu. C’est donc tout naturellement que le microbiote est devenu un centre d’intérêt pour la prévention de l’allergie. Comme l’expliquait le Dr Carina Venter (Colorado, USA) lors de la dernière Conférence Scientifique Internationale de la WAO (World Allergy Organization), un microbiote riche, et dans lequel les familles bactériennes sont équilibrées, est associé à un fonctionnement immunitaire normal. En revanche, un microbiote pauvre, dans lequel les familles bactériennes sont perturbées (dysbiose), est associé à des désordres immunitaires, à des pathologies auto-immunes, à de l’allergie ou encore à des troubles métaboliques. Au cours du premier âge, un microbiote déséquilibré est constitué par une flore moins variée, contenant plus de germes pathogènes.

Un microbiote sensible à de nombreux facteurs

De nombreux facteurs influencent le microbiote dès les premiers jours de vie : facteurs génétiques, habitudes alimentaires et santé de la mère, mode d’accouchement et d’allaitement, prise d’antibiotiques, conditions de vie, tabagisme parental, présence d’animaux à la maison, etc.

Concernant l’allaitement par exemple, cela se traduit par la présence de Protéobactéries et de Bactéroïdetes en plus grand nombre dans l’intestin, tandis que les enfants nourris au lait artificiel ont un microbiote plus riche en Firmicutes mais pauvre en Bacteroïdetes. Le microbiote d’un enfant né par césarienne est, quant à lui, moins diversifié et contient un nombre moins important de bactéries que celui de l’enfant né par voie naturelle.

Bien que le microbiote « idéal » ne soit pas défini, il est tentant d’envisager d’intervenir sur la dysbiose des nourrissons. Les prébiotiques, probiotiques et synbiotiques suscitent actuellement beaucoup d’intérêt. Certains travaux montrent qu’ils pourraient avoir un effet positif sur la prévention de l’allergie.

Dans ce contexte, Dr Anna Nowak-Wegrzyn (New York, USA) rappelle que le lait maternel est l’alimentation idéale pour le nourrisson, encore plus quand ce dernier est allergique aux protéines de lait de vache. Le lait maternel constitue le symbiotique ultime, par la présence de facteurs (bactéries vivantes et HMO pour Human Milk Oligosaccharides) qui stimulent le microbiote intestinal  par un effet symbiotique. Ces facteurs (bactéries et HMO) ne sont pas contenus dans les traditionnels hydrolysats extensifs ni les formules à base d’acides aminés. Le lactose (sucre principal), contenu dans le lait maternel stimule également le microbiote.

Enrichir les formules de substitution : l’étude PRESTO

Une hypothèse a été émise, selon laquelle enrichir ces formules (hydrolysats et formules à base d’acides aminés) en symbiotiques spécifiques, pour les faire se rapprocher du lait maternel, pourrait faciliter l’acquisition de la tolérance chez les enfants allergiques. Pour le vérifier, une étude a été menée chez des enfants présentant une allergie aux protéines de lait de vache IgE-médiée. Il s’agit de l’étude PRESTO qui a inclut 169 enfants de 0 à 13 mois. Un groupe (n= 80) a reçu une formule à base d’acides aminés enrichie en symbiotiques spécifiques, un autre groupe (témoin) une formule à base d’acides aminés classique. A 12 mois, environ 50 % des enfants avaient acquis la tolérance au lait de vache et ce taux est passé à 62 % à l’âge de 24 mois, sans différence significative entre les deux groupes étudiés. En revanche, alors que 20 % des enfants du groupe témoin ont été hospitalisés pour une infection au cours du suivi, ils ne sont que 8 % dans le groupe ayant reçu la formule enrichie. Cet effet se traduit aussi sur la consommation moindre d’antibiotiques chez les enfants ayant consommé une formule enrichie en symbiotiques.

Les interventions sur le microbiote font l’objet de nombreux travaux, dans le but de prévenir l’allergie ou de favoriser la tolérance. L’étude PRESTO pourrait avoir dès à présent une application clinique pour la prévention des infections chez les enfants allergiques prédisposés à de fréquentes infections, du fait de l’immaturité de leur réponse immunitaire.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Symposium « Modulating the GI microbiota with targeted nutrition ». Conférence Scientifique Internationale de la WAO (World Allergy Organization). Du 16 au 18 juillet 2020 (Virtuel).

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