Alcool : des spécificités régionales marquées

Paris, le mardi 14 janvier 2020 – Partout en Europe, la consommation d’alcool a considérablement diminué ces dernières décennies. Parallèlement, les comportements, même si des spécificités persistent, tendent à s’harmoniser, avec une progression des consommations ponctuelles (jadis principalement l’apanage des pays anglo-saxons et nordiques) et une diminution de l’usage régulier (préférée chez les latins). La France n’échappe pas à cette tendance avec « une consommation régulière plus faible et une augmentation des consommations ponctuelles importantes » relève Santé publique France (SPF) qui publie aujourd’hui des Bulletins de santé publique (BSP) qui proposent des « indicateurs régionaux » concernant la consommation d’alcool. Ainsi, les alcoolisations ponctuelles importantes (six verres ou plus en une seule occasion) ont connu de fortes progressions entre 2005 et 2017 dans certaines régions : en Bretagne (+3,4 %), en Auvergne-Rhône-Alpes (+2,4 %) et en Normandie (+2,1 %) notamment. Mais parallèlement, la consommation quotidienne régressait de manière plus marquée encore, notamment en Occitanie (-15,6 %) et en Nouvelle Aquitaine (-14,6 %) qui demeurent cependant les régions connaissant les consommations quotidiennes les plus élevées. Ainsi, 12,6 % des adultes en Occitanie et 12,3 % en Nouvelle Aquitaine boivent tous les jours, contre 10 % pour l’ensemble de la France et 7,1 % en Ile de France qui se caractérise par sa sagesse et une forte tendance à la baisse (-13,8  % en 12 ans).

Les DOM et l’Ile de France sont les plus sages

Cette comparaison régionale permet d’observer que les modes de consommation diffèrent : ainsi, la Bretagne qui flirte avec la moyenne nationale de consommation quotidienne (10,7 % des adultes) la dépasse largement en ce qui concerne l’alcoolisation massive ponctuelle, que pratiquent 20,5 % des adultes contre une moyenne nationale de 16,2 %. Seuls l’Ile de France et les départements et territoire d’Outre-mer se caractérisent par des tendances de consommations quotidiennes et ponctuelles toujours inférieures que la moyenne nationale.

Écarts entre les générations et les sexes

On observe par ailleurs que les habitudes peuvent varier en fonction des générations. Ainsi, selon l’enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense (ESCAPAD)  réalisée en 2017, les jeunes des Pays de la Loire comptent parmi les plus gros consommateurs d’alcool. Des excès qui ne se retrouvent pas nécessairement au sein de la population adulte : la région est une des plus sages en  ce qui concerne la consommation quotidienne (8,1 %) et dépasse la moyenne nationale uniquement pour la consommation ponctuelle d’alcool fort. A l’inverse, les jeunes des Hauts de France se caractérisaient dans l’enquête ESCAPAD par une certaine tempérance par rapport aux autres jeunes français. Cependant, la région continue chez les adultes à figurer parmi celles où la consommation quotidienne est une des plus élevée (dans le trio de tête avec l’Occitanie et la Nouvelle Aquitaine) et connaît des dépassements de la moyenne vis-à-vis de la consommation ponctuelle de bière. On relèvera encore que l’on ne retrouve pas systématiquement de concordance entre la prévalence de la consommation quotidienne d’alcool et celle du Syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF). Ainsi, ce dernier est plus fréquemment déploré à La Réunion, alors qu’elle est la région de France où la consommation quotidienne est la moins fréquente selon cette enquête (5,8 % des adultes). De même on retrouve des taux élevés de SAF en Haute Normandie, région où la consommation quotidienne est désormais en recul (7,9 %) par rapport à la moyenne nationale. Cependant, la fréquence du SAF dépasse la moyenne nationale dans le Nord Pas de Calais, ce qui coïncide avec une consommation fréquente d’alcool dans les Hauts de France.

Pas de Dry january mais des actions importantes

L’enquête de Santé Publique France signale encore que les types d’alcool diffèrent en fonction des régions, avec le nord et l’est qui favorisent davantage la bière, quand le sud reste attaché au vin et que l’ouest a une prédilection pour les alcools forts.

Cette présentation de Santé publique France s’achève par un récapitulatif des actions récemment mises en œuvre par l’institution alors qu’on estime que 23,6 % des Français dépassent les repères de consommation. L’agence rappelle ainsi qu’elle a procédé à une redéfinition des repères et mis en place des campagnes ciblées (à l’intention des jeunes notamment). Des rappels qui auront une résonance probablement ambiguë chez certains spécialistes des addictions qui auraient espéré en ce mois de janvier un engagement des autorités en faveur d’un Mois sans alcool.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article