Alimentation riche en graisses et cancer du sein : les relations se précisent

Alors que les données de la littérature n’avaient montré jusqu’ici que des résultats inconsistants dans ce domaine, la Women’s Health Initiative (WHI), financée par le gouvernement fédéral américain, a inclus dans son programme l’analyse de l’impact de l’alimentation sur le risque de cancer du sein chez 48 835 femmes ménopausées âgées de 50 à 79 ans sans antécédents de cancer du sein. Et les résultats sont clairs : les femmes qui suivaient une alimentation équilibrée faible en graisses et avec un apport quotidien en fruits, légumes et céréales, ont vu leur risque de décès réduit de 21 % par rapport aux femmes du groupe témoin qui ont poursuivi leur alimentation habituelle, plus riche en graisses. « De plus, a souligné Rowan Chlebowski (Los Angeles), qui conduisait l’étude, nous avons constaté après 20 ans de suivi que les bénéfices augmentaient avec le temps. Il est assez probable que ce bénéfice est lié au fait qu’un régime équilibré permet une bonne maîtrise de l’obésité, mais pas uniquement », poursuit-il à propos de cette étude randomisée qui avait conduit les femmes soit à poursuivre leur régime alimentaire habituel (n = 29 294, 60 % de l’effectif), un régime dans lequel les graisses représentaient 32 % ou plus des calories quotidiennement ingérées, soit un régime alimentaire conduisant à une réduction de la consommation de graisses à 20 % ou moins de l’apport calorique total (ce régime devant comporter aussi au moins une portion de fruits, légumes ou céréales). Les femmes appartenant à ce dernier groupe y ont adhéré pendant 8,5 ans environ, et ont été suivies après l’achèvement de la période d’intervention pour une période totale de suivi de 19,6 ans au cours de laquelle 3 374 cas de cancers du sein ont été diagnostiqués entre 1993 et 2013.

Au total, les femmes du groupe alimentaire équilibré ont vu leur risque de décès réduit de 15 %, quelle qu’en soit la cause, après un diagnostic de cancer du sein. Quant au risque de décès spécifique au cancer du sein, il a été réduit de 21 % (1). Les chercheurs ont ensuite mené la même étude sur des femmes ayant un risque métabolique : diabète, hypertension artérielle traitée ou non, antécédents d’hypercholestérolémie ou encore obésité marquée par un tour de taille > 88 cm. Et les résultats montrent que ces femmes ont aussi un risque de décès lié au cancer du sein moindre en cas de régime alimentaire pauvre en graisses, un risque qui varie avec le nombre de composantes métaboliques péjoratives recensées : HR [Hazard Ratio] = 0,80 en présence de 1 à 2 facteurs de risque, et HR = 0,36 en présence de 3 à 4 facteurs de risque (2).

Ces données permettent à R. Chlebowski de conclure que l’adoption d’un régime alimentaire à faible teneur en graisses associé à l’augmentation des apports en légumes, fruits et grains, est possible, et réduit significativement le risque de décès par cancer du sein chez les femmes ménopausées.

Cette étude n’est pas terminée dans la mesure où ces femmes continueront à effectuer des prélèvements biologiques et un examen de santé périodique.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
1. Chlebowski R et coll.: Low-fat dietary pattern and long-term breast cancer incidence and mortality: The Women’s Health Initiative randomized clinical trial.
2. Pan K et coll.: Low-fat dietary pattern and breast cancer mortality by metabolic syndrome degree: Secondary analyses of the Women’s Health Initiative (WHI) Dietary Modification randomized trial.
Meeting annuel de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) (Chicago) : 31 mai au 4 juin 2019.

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