Allergie aux protéines du lait de vache : chercher les antécédents familiaux d’atopie !

La prévalence de l’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) chez le jeune enfant est de 2 à 7,5 %, avec une incidence de 2 à 3 % au cours de la première année de vie. Les facteurs génétiques et les antécédents familiaux d’atopie sont considérés comme des facteurs de risque d’APLV et doivent être pris en compte au moment du diagnostic. Selon des travaux publiés en 1993, des antécédents familiaux d’atopie sont trouvés chez 41 % à 70 % des enfants allergiques aux protéines de lait de vache, alors qu’ils sont présents chez 29 % à 35 % des autres enfants. Une étude plus récente a mis en évidence des antécédents familiaux, au 1er ou au 2e degré chez 91 % des enfants allergiques.

Une équipe française vient de publier les résultats d’une enquête réalisée auprès de 466 médecins (97 % de pédiatres), travaillant dans le secteur privé. L’étude a concerné 1 674 enfants de 0,1 à 18 mois pour lesquels il existait une suspicion d’APLV. L’objectif était d’évaluer la fréquence des antécédents familiaux d’atopie chez ces enfants, et la démarche diagnostique des médecins, dans le contexte de la pratique courante en libéral.

Un élément important pour les praticiens français

L’analyse des données montre que la présence d’antécédents familiaux d’allergie est, pour les praticiens, un signe important de suspicion d’allergie quand des symptômes digestifs ou cutanés sont associés. Sur l’ensemble des enfants de cette cohorte, avec une suspicion d’APLV ou une APLV confirmée, 84 % avaient en effet des antécédents familiaux d’atopie. Les signes d’appel étaient le plus souvent digestifs (92 %) ou cutanés (61 %), et 64 % des enfants ont eu des réactions retardées, évocatrices d’allergie non IgE-médiée. Finalement, une APLV a été certifiée ou hautement probable pour 68 % de ces enfants (n = 1 133) et il existait des antécédents familiaux chez 86 % d’entre eux, 81 % ayant des antécédents familiaux au 1er degré.

Dans cette cohorte, les caractéristiques de tous enfants étaient les mêmes, qu’il y ait ou non des antécédents familiaux d’atopie, si l’on excepte la plus faible présence d’animaux domestiques dans les familles sans antécédents d’atopie (14 % versus 25 %). Notons enfin qu’un antécédent familial était plus souvent trouvé quand les signes suggérant une allergie étaient apparus précocement, dans les 6 premiers mois de vie (75 % versus 65 %).

L’épreuve d’éviction alimentaire était l’option préférée des praticiens pour la confirmation du diagnostic en pratique courante (89 %), et elle était positive chez 96 % des enfants. Les autres épreuves diagnostiques étaient moins souvent utilisées. Le dosage des IgE spécifiques a été réalisé une fois sur deux, avec des résultats positifs dans 66 % des dosages. Les patch-tests ont été effectués un peu moins d’une fois sur deux et étaient positifs dans 64 % des cas. Des prick-tests cutanés ont été faits une fois sur quatre et étaient positifs une fois sur deux. Enfin, une épreuve de provocation orale a été effectuée chez 15 % des enfants et était positive dans 86 % des cas. Cette dernière donnée montre la réticence des praticiens vis-à-vis de ce moyen diagnostique qu’ils réservent sans doute aux cas les plus douteux. La nécessité d’une surveillance étroite la rend en effet difficile à mettre en œuvre en ambulatoire.

Les auteurs signalent enfin la publication récente (postérieure à leur étude), d’un nouvel outil d’aide au diagnostic de l’APLV, le CoMiSS® (cow's milk-related symptom score), qui, en améliorant la précision du diagnostic clinique, pourrait modifier quelque peu la démarche des praticiens.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Kalach N. et coll. : Family history of atopy in infants with cow’s milk protein allergy: A French population-based study. Arch Pediatr., 2019 ; 26 : 226-231.

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