Antibiothérapie: des effets à court, moyen et long terme de mieux en mieux identifiés

En France, plus de 50 % des enfants de moins d’un an ont pris au moins une fois un antibiotique dans leur vie. Un traitement qui provoque une dysbiose (déséquilibre du microbiote) et fréquemment une diarrhée associée aux antibiotiques (DAA) due à la dysbiose.

Dysbiose et diarrhée liée aux antibiotiques

La DAA est définie par plus de 3 selles quotidiennes molles ou glaireuses sans présence de sang, survenant pendant le traitement, ou dans les 6 à 8 semaines qui suivent son arrêt. Elle apparait surtout en présence de facteurs de risque: âge < 2 ans, comorbidités, longue durée de la prise, spectre de l’antibiotique, contexte d’hospitalisation, antécédents de DAA, … L’altération des fonctions métaboliques du microbiote est à l’origine d’une moindre digestion des carbohydrates responsable d’une sécrétion osmotique, d’une diminution de l’absorption colique des acides gras à chaîne courte (AGCC) et d’une augmentation des acides biliaires. La dysbiose entraîne aussi une altération de la fonction de barrière du microbiote et une diminution de la résistance à la colonisation (avec parfois production de toxines virulentes).

Ces différentes perturbations favorisent la survenue d’une diarrhée osmotique.

Dans une étude menée en France par D. Turck et coll. chez 650 enfants de 1 mois à 15 ans traités par une antibiothérapie orale en ambulatoire, un taux de 11 % de DAA a été rapporté (18 % chez les moins de 2 ans) (1). Selon les études, ce taux varie de 10 à 30 % chez les moins de 3 ans. Par ailleurs, plus l’antibiothérapie a été prescrite à un jeune âge et plus le risque de diarrhée est élevé. 

Dans une étude menée chez 465 enfants en Inde (2009/2013), l’incidence relative de diarrhée entre 1 et 3 ans est supérieur de 33 % chez les enfants ayant pris des antibiotiques pendant les six premiers mois de vie comparativement aux autres (incidence rate ratio = 1,33 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,12 à 1,57) (2).

Sifflement respiratoire, coliques, sensibilisation allergique et Clostridium difficile

A court terme, cette dysbiose augmente aussi significativement le risque de wheezing (AB+/AB-: 41 % vs 30,5 % ; p = 0,026), de coliques (AB+/AB-: 21,9 % vs 14,4 % ; p = 0,048) et de sensibilisation allergénique (Phadiatop >  à 0,70 kUA/L)  (3).

A moyen terme, ce sont surtout les infections à Clostridium difficile qui préoccupent. Heureusement rares en pédiatrie, ces infections ont un spectre très large de manifestations qui vont de la simple diarrhée à la véritable colite pseudomembraneuse. Elles se rencontrent plus fréquemment en cas d’antibiothérapie de longue durée récurrente et/ou associant plusieurs antibiotiques, et surtout lorsqu’une fluoroquinolone, de la clindamycine, des macrolides ou des céphalosporines ont été prescrites.
 

Obésité, asthme, allergie, maladies inflammatoires et troubles anxieux

Quant au retentissement de la dysbiose à long terme, les études ont souligné le risque d’obésité, d’asthme et d’allergie, de maladies inflammatoires et de maladies ‘psychiatriques’. Une étude danoise a, par exemple, montré que le risque d’obésité est d’autant plus marqué que les femmes ont consommé des antibiotiques durant leur grossesse, en particulier au cours du 3ème trimestre. Dans le même ordre d’idée, l’impact d’une antibiothérapie entre 0 et 24 mois sur le risque d’obésité est clair, surtout en cas de prescriptions multiples d’antibiotiques et de prise d’antibiotiques à large spectre. Et ce risque est d’autant plus marqué que la prescription a été précoce. La même constatation vaut pour le risque de diabète de type 2.

Par ailleurs, la faible diversité du microbiote dans les premières semaines de vie est associée à un risque plus élevé de sensibilisation, d’eczéma, de rhinite allergique et d’asthme à l’âge scolaire. Ce qui explique qu’une prescription d’antibiotiques au cours des premiers mois de vie accroît le risque de survenue d’asthme. Ce risque augmente avec le nombre de cures d’antibiotiques et est expliqué notamment par un défaut d’établissement de la tolérance immunitaire: production d’IgE, déséquilibre de la réponse adaptative Th1/Th2 au profit de Th2 et dysfonctionnement des LT régulateurs.

La prescription d’antibiotiques augmente également le risque de développer une MICI ou une arthrite chronique juvénile.

Enfin, on sait que le microbiote joue un rôle dans la maturation de l’axe neuroendocrinien du stress. Ce qui pourrait expliquer la relation entre dysbiose et troubles anxieux et dépressifs, voire troubles du spectre autistique.

« En définitive, lorsqu’une prescription d’antibiotiques est envisagée chez l’enfant en bas âge, il faut d’abord s’assurer qu’il s’agit bien d’une infection bactérienne, et ensuite prescrire l’antibiotique au spectre le plus étroit possible le moins longtemps possible » a conclu Jérôme Valleteau de Mouillac (Paris).

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
(1) Turck D et coll.: Incidence and risk factors of oral antibiotic-associated diarrhea in an outpatient pediatric population. J Pediatr Gastroenterol Nutr. 2003 Jul;37(1):22-6.
(2) Rogawski ET et coll.: The effect of early life antibiotic exposures on diarrheal rates among young children in Vellore, India. Pediatr Infect Dis J. 2015 Jun;34(6):583-8.
(3) Oosterloo BC et coll.: Wheezing and infantile colic are associated with neonatal antibiotic treatment. Pediatr Allergy Immunol. 2018 Mar;29(2):151-158.
(4) Wopereis H et coll. : The first thousand days - intestinal microbiology of early life: establishing a symbiosis. Pediatr Allergy Immunol 2014 ; 25 (5): 428-38.

Valleteau de Mouillac J: Conséquences à court, moyen et long terme de la prise d’antibiotiques. Symposium Biocodex « Microbiote intestinal et traitement antibiotique ». 25e Congrès national de pédiatrie ambulatoire (Marseille): 21-23 juin 2019.

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