Antibiotiques chez l’enfant, c’est vraiment moins automatique !

La prescription inappropriée d’antibiotiques (AB) est fréquente en soins primaires, particulièrement au cours des infections respiratoires supérieures aiguës. Celles-ci sont en effet à l’origine de 50 % à 70 % de la consommation d’AB bien qu’étant, en majorité, de nature virale. La prise de céphalosporines de 3ème génération, d’amoxicilline/clavulanate, de fluoroquinones est responsable de l’émergence de souches résistantes sans améliorer l’évolution. Au début des années 2000, la France se situait parmi les pays les plus gros consommateurs d’AB en Europe et la résistance des entérobactéries a atteint des niveaux particulièrement alarmants. De nouvelles recommandations ont été émises en 2011 portant sur le traitement des pharyngites, otites et sinusites.

Des auteurs en santé publique ont étudié l’impact de ces recommandations sur la prescription d’AB à destination des enfants vus en ambulatoire entre janvier 2009 et décembre 2017. Les données ont été fournies par le « Suivi de la Dispensation Médicale » qui estime les ventes de médicaments à partir d’un échantillon de 14 000 pharmacies représentant 60 % des pharmacies de détail en France métropolitaine et fournit des estimations mensuelles depuis 2009.

Baisse d’un tiers du taux des prescriptions

La population étudiée a été divisée en 2 groupes, 0-5 ans et 6-14 ans. Au total, 123 millions de prescriptions d’AB à des enfants ont été analysés. Le taux de prescriptions était environ 2 fois supérieur pour les enfants de 0 à 5 ans à celui des plus âgés. Les cinq AB les plus prescrits étaient l’amoxicilline : 37,7 %, la cefpodoxime (céphalosporine de 3ème génération) : 23,5 %, l’amoxicilline/clavulanate : 15,6 %, la céfixime (CG 3) : 4,6 %, la josamycine : 4,6 %. Sur la base des estimations annuelles, le taux de prescription global d’AB a baissé de 33,1 % sur la période d’étude de 1 387/1 000 enfants/an en 2009 à 928/1 000 en 2017. Cette baisse a intéressé les différents groupes d’âge et classes d’AB sauf pour l’amoxicilline (+14,4 %). Après la publication des recommandations, une augmentation graduelle de la proportion de prescription d’amoxicilline a été observée : variation relative en 5 ans post-intervention + 64,3 % de 0 à 5 ans (intervalle de confiance à 95 % IC 51,6-80,1) et +28,4 % de 6 à 14 ans (IC 21,1-36,2). En même temps, la consommation d’AB à large spectre a baissé de -26,1 % entre 0 et 5 ans (IC -29,3 ; -23,7) et de -19,8% de 6 à 14 ans (IC -22,1-16).

Les recommandations de 2011 sur le traitement des infections des voies respiratoires supérieures ont été suivies au niveau national pour les patients en ambulatoire par une baisse de l’utilisation des antibiotiques et par la substitution des antibiotiques à large spectre par l’amoxicilline.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Trinh NTH et coll. : Association between national treatment guidelines for upper respiratory tract infections and outpatients pediatric antibiotic use in France: an interrupted time-series analysis. J Pediatr 2020;216:88-94

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Vos réactions (1)

  • Exemple danois

    Le 17 janvier 2020

    Voilà une bonne nouvelle. On pourrait faire beaucoup mieux encore: une étude danoise recherchant un lien entre antibiothérapie dans l'enfance et maladies auto-immunes avait retrouvé un lien alors que seuls 50% des enfants danois avaient pris au moins une fois un antibiotique à l'âge de 5 ans.
    Quels est le pourcentage des enfants de 5 ans n'ayant jamais pris d'antibiotique en France? 5% ?
    Prenons exemple sur les médecins danois!

    Dr Jean-Jacques Perret

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