Antisémitisme et racisme dans les facultés de médecine : les doyens prônent la tolérance zéro

Paris, le mercredi 13 février 2019 - Des dessins représentant Simone Veil recouverte d'une croix gammée, une boulangerie taguée du mot "Juden", un jardin planté en souvenir d’Ilan Halimi vandalisé : plusieurs actes ciblant clairement la communauté juive ont bouleversé une grande partie de l’opinion publique ces derniers jours. Ils semblent témoigner d’une progression au sein de la société d’un profond mouvement d’intolérance que parait confirmer l’augmentation de 74 % en un an des faits à caractère antisémite recensé par le ministère de l'intérieur.

De la fascination morbide à une amplification inquiétante

Tous les espaces publics seraient concernés par cette vague inquiétante et l’université ne ferait pas exception. En son sein, les facultés de médecine sont également touchées. La shoah et l’imagerie nazi ont toujours suscité chez beaucoup une fascination "morbide", selon l’expression du représentant de l’Union des Étudiants Juifs de France, Sacha Ghozlan. Ainsi, rares sont les étudiants n’ayant jamais rencontré sur une table ou au détour d’un couloir une croix gammée griffonnée et quelques épigraphes plus que regrettables. Cependant, même si en l’absence de recensement spécifique la tendance est difficile à confirmer, on constaterait récemment une amplification inquiétante.

L’excuse indigne de l’humour

La Conférence des doyens des facultés de médecine a ainsi hier déploré dans un communiqué : « il y a de plus en plus d'actes racistes et antisémites perpétrés à l'encontre des enseignants, des autorités et des étudiants de confession juive et/ou d'origine étrangère ». De son côté, pour le site What’s up doc, le président de la conférence des doyens Jean Sibilla dit « sentir monter come tout le monde cette ambiance d’intolérance ». Tags visant des responsables universitaires en ciblant leur confession, saluts hitlériens, railleries fréquentes des étudiants juifs : ces manifestations empoisonnent la sérénité des établissements. Face à ces faits, qualifiés de « scandaleux et inadmissibles », la Conférence des doyens appelle les enseignants à la plus grande vigilance. Jean Sibilla parle de « tolérance zéro ». Cette dernière doit s’exercer « quelle que soit la forme que revêtent ces actes (humour etc) » ont bien précisé les doyens, alors que beaucoup d’auteurs d’insultes antisémites invoquent régulièrement la plaisanterie pour justifier leurs agissements.

Des sanctions attendues

Cette prise de position claire de la Conférence ne pourra que rassurer ceux parmi les étudiants qui ont pu regretter un certain laxisme de la part de leur université. Ne se sentant pas entendus par les instances disciplinaires, tardant à prendre les sanctions s’imposant, certaines victimes ont en effet préféré changer d’établissement. Sacha Ghozlan confirme que les étudiants sont insuffisamment protégés. La récente exclusion pour deux mois d’un étudiant de la faculté de médecine de Bobigny accusé par une élève d’insultes et d’agressions antisémites répétées est sans doute la manifestation d’un durcissement des directions d’université sur ce point, à défaut d’espérer celui de la justice. Face aux mêmes faits, cette dernière a en effet considéré qu’ils étaient insuffisamment établis pour justifier des poursuites.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Antijuifs en folie !

    Le 13 février 2019

    De mon temps, on cassait la gueule du crétin... et on recommençait si nécessaire (en amphi ou TP également!) et on avait la paix pour longtemps...Au Lycée, cela avait été pareil dans les années 50/58...En 1955/56 en classe de Latin, j'avais "fayot du premier rang"! boxé sans avertissement et renversé de sa chaise, un deuxième rang, juste derrière moi, violent-emmerdeur déjà spécialisé (!) qui m'avait insulté; en rigolant bien sûr!! Le prof de Latin effaré a eu mon explication de motivation... et le Yvon s'est rassis,en silence rassis et tout est rentré dans l'ordre !
    Je crois que les juifs non sionistes qui sont encore là ...n'ont pas bien compris... et sont moins courageux que nous ne l'étions, apparemment?

    Dr B

  • Racisme et antisémitisme: incompatibilité avec l'exercice médical

    Le 17 février 2019

    Bien sûr, Dr. B., ça peut constituer une solution efficace et dissuasive et, la discussion argumentée étant d'un rendement plus qu'hypothétique avec ce genre de crétins malfaisants, ce n'est pas le prof d'arts martiaux que j'étais, parallèlement à mon métier de soignant, qui vous jettera la pierre.

    Mais ça c'était le temps de notre jeunesse et les choses ont bien changé depuis, même si la connerie continue de bien se porter, exacerbée et démultipliée par les "Zéro-sociaux". C'est ainsi que, vis-à-vis de la "Justice", il vaut mieux pouvoir apporter la preuve incontournable de la "légitime défense" si l'on corrige un de ces crétins par cette méthode qualifiée de "Far West". De plus, comme ces grands "courageux" agissent rarement seuls, il vaut mieux "avoir des épaules" ou, comme vous le dites, du courage.

    Alors, une question se pose impérativement aux autorités universitaires: le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie et autres comportements haineux sont-ils compatibles avec la prétention à devenir médecin ou même professionnel de santé, plus largement. Au regard de ce que doit recouvrir le titre auquel nous postulons, ces tares ne devraient-elles pas être considérées comme rédhibitoires, comme des cas d'inaptitude à ces professions?

    H.Tilly, IDE MKDE

  • Antisémitisme et racisme

    Le 18 février 2019

    Merci à H.Tilly pour cette conclusion que beaucoup de professionnels de santé devraient adopter.

    JP.Olu

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