Appel des médecins hospitaliers pour sortir l’hôpital public de la crise

Paris, le samedi 4 juillet 2015 – L’arrivée de François Hollande au pouvoir était attendue par beaucoup au sein des hôpitaux publics, la loi Hôpital patient santé territoire (HPST) ayant été ressentie comme un affront majeur. Les premières heures de Marisol Touraine avenue de Ségur auraient pu conforter les espoirs du monde hospitalier : elle multiplia les déclarations d’amitié à son intention et accumula les promesses. Trois ans plus tard, la déception est grande. Si certaines mesures ont bien été adoptées, les praticiens hospitaliers n’ont pas le sentiment d’une rupture franche avec les réformes successives et qui ont abouti à une emprise démesurée de la logique financière et à la mise en œuvre d’une politique managériale déconnectée des enjeux médicaux. Parallèlement à cette action trop timide pour restaurer l’hôpital public et le libérer de ses démons, l’objectif du gouvernement de réaliser dix milliards d’économie dans le secteur de la santé, dont trois milliards doivent être supportés par les hôpitaux attisent les inquiétudes. Dans les établissements où les budgets sont déjà fréquemment dans le rouge et où certains doivent se débattre avec les conséquences des emprunts toxiques, ces impératifs économiques sont synonymes d’une nouvelle rigueur. En la matière, les dénégations du gouvernement quant à la diminution des effectifs ne sont pas parvenues à convaincre. Par ailleurs, la multiplication des « décisions de fermeture d’unités de médecine ou de SSR » dénoncée récemment par la Fédération hospitalière de France (FHF) ne peut que renforcer l’inquiétude et le malaise d’équipes, en proie à des tensions de plus en plus vives, tandis que l’organisation souvent ubuesque du temps de travail accroit encore les difficultés.

Face à cette situation, cinq cent praticiens hospitaliers lancent un "appel pour sortir de l’hôpital public de la crise"  que nous dévoilons ici. On constatera qu’outre une légère attaque vis-à-vis de la médecine de ville (qui n’assurerait pas de façon satisfaisante les soins de premier recours), et un esprit général appelant à une politique de bon sens où l’activité hospitalière ne serait plus la victime d’une volonté de morceler à tout crin, certaines des solutions, notamment financières, prônées par ces praticiens rejoignent celles du gouvernement et des pouvoirs publics par ailleurs décriés pour leur incapacité à prendre les mesures adaptées et se contentant d’empiler les réformes inutiles et néfastes. Ainsi, l’accroissement du générique ou la réforme des transports sanitaires sont des pistes d’économie privilégiées par le gouvernement comme par les praticiens hospitaliers. Elles sont cependant considérées comme insuffisantes par les décideurs publics pour atteindre les objectifs fixés.

Les hôpitaux publics connaissent une double crise,  une crise de financement, et une crise d’adaptation  au progrès de la médecine et aux changements des  besoins des patients.
La crise financière est due à la volonté des gouvernements successifs de contraindre un peu plus chaque année le budget hospitalier. Ce sont 3 milliards d’économie  qui sont à nouveau demandés aux hôpitaux d’ici 2019. Les directeurs d’hôpitaux en déficit devront  prendre les mesures nécessaires pour assurer le retour à l’équilibre : geler les investissements , supprimer des activité non rentables, réduire les emplois, utiliser de plus en plus des personnels sous contrats temporaires et  demander aux personnels sous statut de travailler plus sans gagner plus, alors même que la «  productivité » hospitalière a augmenté selon les sources officielles de 2% par an depuis 2003 et que des journées travaillées et non payées s’accumulent sur des comptes épargne-temps.

Penser l’activité hospitalière dans sa globalité

La crise de mutation est la conséquence du progrès médical et de l’épidémie de maladies chroniques. Le progrès  des prises en charge hospitalière  ambulatoire de moins d’une journée ou d’hospitalisations brèves intensifie le travail des soignants qui doivent en faire toujours plus, toujours plus vite. Le raccourcissement du temps de séjour  hospitalier nécessite une parfaite coordination entre la ville et l’hôpital et au sein de l’hôpital entre les professionnels médicaux et non médicaux. Toute activité médicale hospitalière nécessite de penser et d’organiser l’amont et l’aval, l’avant et l’après. C’est parce qu’on n’a pas su construire un  service public de la médecine de proximité assurant la permanence des soins qu’il y a 20  millions de passage aux urgences par an. Et c’est le défaut d’aval des urgences qui explique le temps passé par les urgentistes à « trouver un lit ». De même le vieillissement de la population et l’augmentation épidémique des maladies chroniques nécessitent  une médecine globale de la personne où le patient et / ou son entourage deviennent des partenaires de soins. Là encore, l’hôpital se retrouve trop souvent en première ligne,  sans coordination satisfaisante avec les soignants exerçant en ville. Le cloisonnement des soins entre la ville et l’hôpital et au sein de l’hôpital lui-même a été aggravé  par les réformes décidées depuis 15 ans : mise en place des 35 heures hebdomadaires inapplicable faute d’embauches suffisantes et ayant entraîné l’octroi de jours de repos supplémentaires (RTT) variable selon les établissements, tarification à l’activité (T2A) conduisant à une recherche permanente d’augmentation des  activités « rentables »  et suscitant des pratiques égoïstes non coopératives, mise en place d’une « gouvernance d’entreprise  verticale » et d’un « management » d’inspiration taylorienne, obsédés par la fragmentation des tâches et par  la « flexibilité » des personnels. Tout doit désormais être quantifié et mesuré. Le temps « administratif » dévore le temps soignant, transformant un travail choisi en un exercice subi.

Perte de sens

Ces réformes mettant en œuvre « l’hôpital-entreprise » entraînent une perte de sens du métier de soignant et sont responsables de l’amertume et de la démotivation que beaucoup ressentent. Adaptées aux gestes techniques standardisés  programmés pour des pathologies de gravité moyenne, soit environ 30% de l’activité hospitalière ,ces réformes ont hélas  été généralisées à toutes les activités et appliquées indistinctement à tous les personnels. Plutôt que de corriger leurs erreurs, les décideurs politiques ont persévéré en empilant les réformes déstabilisant l’hôpital public.  Cette instabilité finit par détruire ce qui est une des conditions essentielles de la qualité des soins et de la satisfaction au travail : le travail en équipe.

Des mesures simples et tranchées

C’est pourquoi nous médecins des hôpitaux appelons à redonner du temps et de la liberté  aux  équipes soignantes en desserrant l’étau actuel  qui empêche ou retarde l’adaptation du fonctionnement hospitalier. Nous estimons :


1)  Qu’il faut en finir au plus vite avec la dictature du « tout T2A » et utiliser conjointement  les 3 modes de financement possibles (T2A, dotation et prix de journée) en fonction des activités. La dotation de service, modulée chaque année en fonction de l’activité (la D2A) permettrait par exemple aux professionnels prenant en charge des patients atteints de maladies chroniques de développer les prises en charge alternatives à l’hospitalisation classique et de mettre en place de nouvelles conditions de travail,y compris avec de nouvelles modalités d’application des 35 heures.


2)  Qu’il faut  définir par établissement et par unité de soins les conditions de travail permettant un travail d’équipe stable. Le travail d’équipe doit être coordonné par un médecin et un cadre de santé co-décidant avec l’administration et non seulement chargés d’appliquer les décisions prises par les « managers ». Il faut définir au niveau de chaque établissement pour chaque unité de soin, le nombre minimal de soignants permettant d’assurer la qualité et  la sécurité des soins.


3)  Qu’ il faut donner aux hôpitaux la liberté de s’organiser  comme ils le souhaitent pour réaliser leurs missions : liberté de constituer ou non des pôles de gestion ou des départements médicaux, l’unité de base de l’hôpital restant les structures où travaillent les équipes de soins : services ou unités fonctionnelles.


4)  Que les lits hospitaliers ne doivent pas être supprimés mais redistribués avec plus de lits pour l’aval des urgences et pour les soins de suite.


5)  Que l’hôpital doit aider les professionnels de ville partenaires à construire un service public de la médecine de 1er recours.


6)  Que l’évaluation du système de santé ne peut pas se limiter à la somme d’indices  portant sur les procédures qui conduisent chaque professionnel et chaque établissement à soigner les chiffres plutôt que le malade, et à ignorer l’aval et l’amont de sa propre activité.  Elle doit se faire par pathologie et porter sur les résultats de santé globaux et de qualité de vie  incluant la ville et l’hôpital et impliquant les patients et leur entourage.


7)  Que les pistes d’économies sont connues et doivent être empruntées. Les médicaments génériques sont 2 fois moins prescrits et 2 fois plus chers en France qu’en Angleterre avec un gain possible de 2 milliards d’euros par an  pour la Sécurité sociale. Le coût  des transports sanitaires ne cesse de croître pour dépasser les 4 milliards par an. Les frais de gestion du système de santé français avec ses 500 mutuelles et compagnies d’assurances privées et ses 18 agences d’Etat coûtent plus de 16 milliards. Le fonctionnement bureaucratique de l’hôpital est coûteux. La liste est longue des lobbys privés et publics puissants qui s’opposent aux réformes utiles.

Il appartient aux pouvoirs publics de défendre l’intérêt général au lieu de choisir la solution de facilité : réduire le déficit de la Sécurité sociale en augmentant celui de l’hôpital public, qui n’a plus  les moyens d’assurer ses missions.

Vous pouvez signer cet appel en vous rendant sur le site du Mouvement Pour la Défense de l'Hôpital Public (http://mouvementdedefensedelhopitalpublic.fr/)

Les intertitres sont de la rédaction du JIM.

Hélène Affres, Nadine Ajzenberg, Jérémy Allary, Zahïr Amoura, Frabrizio Andreelli, Emmanuel Andres, Daniel Anglade, Daniel Annequin, Konstantinos Arapis, Thierry Ardouin,  Jean Yves Artigou, Elisabeth Aslangul, Pierre Aucouturier, Bernard Augereau,  Yannick Aujard, Marie-Claude Aumont, Isabelle Auquit-Auckbur, Patrick Avargyez,Michel Azizi, Dora Bachir Brigitte Bader-Meunier, Jean Marc Baleyte,  Claude Bachmeyer, Xavier Balguerie, Eric Ballanger, Catherine Bancal, Patrick Barbet, Béatrice Barry, André Baruchel,  Thierry Baubet,Jean-Luc Baudel, Christian Baudel, Anita Baudel, Christine Bauer,Franck Bayle, Hakim Bêcheur,  Jean-Pierre Becquemin, Gérard Bégou,  Karim Belhadj, Agnès Bellocq, Nadia Belmatoug,Pierre-Yves Benhamou, Karelle Benistan, Guy Benoit, Amine Benyamina, Audrey Bégu-LeCorroler, Etienne Bérard, Jean-François Bergmann,Laureline Bertheloot, Farida Beuselama, ChridtineBeusnel,  Nicole Beydon,Hervé Bideault,Philippe Bizouarn, Hervé Blanchard, Arnaud de la Blanchardière,Antonia Blanié, Jeran-FrédéricBlicklé, Liliane Boccon-Gibod, Laurent Boccon-Gibod, Jacques Boddaert, Corinne Bonnard, Dominique Bordessoule, Raphaël Borie, Antoine Bosquet, Alexandra Botero, Clara Bouché, Jean-Pierre Bouchon, Pierre Bourgeois, Véronique Boussaud, Marie Germaine Bousser, Pierre-Henri Bréchat, Ghislaine Brefort,  Jean-Yves Bria, François Bricaire, Eric Brochet, Françoise Broisin, Valentine Brousse, Eric Bruckert, Eric Burggraff, Jean-Claude Buzzi, Fabienne Caby, Olivier Canceil,  Jacqueline Capeau, Claire CaretteNicole Casadevall, Eric Caumes, Dominique Cazals, Olivier Chabre, Hugues Chabriat, Gilles Chaine, Pierre-Yves Chambrin, Pierre Charbonneau, François Chast, Dominique ChauveauPierre Chedin, Jean-Luc Chevalier, Laurent Chouchana, Cécile Ciangura, Davis Cohen, Jean-Philippe Collet, Jean Marc Constans,  Paul Coppo, Catherine Cordonnier, Julie Cosserat, Louis-Jean Couderc, Yves Coulomb,Pascal Crenn, Béatrice Crikx, Sophie Crozier-Mortreux, Nicolas Dantchev, Malika Daoud, Roland Dardennes,  Cédric Daubin, Eric Daugas, Stéphane Dauger, Christian Dauzac,  André Pierre Denjean,  Dominique Debray,  Sylvie Debray-Meignan, Loïc De Pontual, Antoine Dereux, Emmanuelle Deraucourt, Philippe Detouche, Jean-Pascal Devailly , Jean-Charles Deybach,  Catherine Diard,  Sophie Dimicoli-Salazar,Dalia Dimitri-Boulos, , Marie-Christine Dombret, Hervé Dombret, Bruno Donadille, Jean-Luc Donaty, Brigitte Dorémus,Catherine Douvin, Didier Dreyfuss, Thomas Drouet, Pierre-Yves Dubien, Danièle Dubois-Laforgue,Olivier Duffas,  Nicolas Dufour,  François Dulac, Anne Dulioust, Laurent Dupic, Sylvie Dupont –Montfort, Jean  Dupouy-Camet, Jean-Pierre Dupuychaffray, Anne Dutour, Gilles Edan, Isabelle Enriquez,  Sylvie Epelboin, Marc Espié, Adoracion Esteso, Thierry Faillot, Philippe Faucher,  Pascal Favrole, Gilles Fénelon, Claire Foeschi, Elisabeth Fournier-Charrier, Anne Frata,  René Frydman, Olivier Gagey, Lionel Galicien, Frédéric Galactéros, Olivier Gall, Noël Garabédian, André-Pierre Gaston, Joël Gaudelus, Julien Gaudric,  Alain Gaudric, Frédéric Gauthier,Tobias Gauss, Laurence Gérard, GrigoriosGerotziafas, Anne  Gervais, Jacques Gilquin, Pierre-Marie Girard, Guillaume Girard, Violaine Giraud,  Christian Gisselbrecht,  Joseph Gligorov, François Goffinet, Jean-Marie Gomas, Anne Gompel,  Cécile Goujard,  Sophie Grandjouan, Bernard Granger,  Jules Grégory,  André Grimaldi, Jen-Michel Guérin, Hélène Guillot, Christian Guy Coichard, Andro Gwenaëlle, Julien Haroche, Agnès Hartemann, Georges Ha-Van,  Christophe Hennequin,Olivier Henry,  Patrick Henry,  Josselin Houenou, Celia Hugo, Emmanuel Jacquemin,  Stéphane Jaureguiberry, Gilles Jébrak, Marc Jégou, Xavier Jeunemaître, Laurence Josselin-Mahr, Jean Jouquan, Jean-Pierre Kahn, Tania Kharitonnoff, Bertrand Knelbelmann, Fabien Koskas, Frédérique Kuttenn, Philippe Labrune, Laurent Labrune,  Matthieu Lafaurie, Amina Lahlou, Olivier Lambotte, Bruno Landi, Christophe Lançon, Jean-Marie Launay,  Etienne Larger,  Caroline Lascoux-Combe,  Philippa Lavallée, Véronique Leblond,  Eric Le Bihan, Philippe Le Bras, Pascal Lebray, Pierre Lecomte, Laurence Leenhardt,Antoine Leenhardt, Nadine Le Forestier,  Eric Le Gangneux, Antoine Legendre, Marc Lejay,  Jean-Louis Lejonc, Sophie Lenagat, Thimothée Lenglet, Julien Lenglet,  Jacques Lepercq, Jean-Pierre Lépine,Michel Leporrier, Pascale LePors-Lemoine, Xavier Lescure, Jean-Laurent Le Quintrec, Fabrice Lesage,Philippe Lévy, François Lionnet, Damien Logeart,  Karine Loiseau,  Francis Louarn, Catherine Lubetzki, Radia Mahamdia, Frédéric Maillard, Marion Malphette, Véronique Manceron, Laurent Mandelbrot,  Emmanuel Mandonnet, Jean- Paul Marie, Xavier Mariette , Donata Marra,  François Martin, Jean Marzelle, Bertrand Mas,  Emmanuel Masméjean,RafikMasmoudi, Philippe Massin, Marie-France Maugaurd, Dominique Mazier, Bruno Mégarbane,Vincent Meininger, Jean-Claude Melchior, Jean-Jacques Mercadier, Laurent Mesnard, Jonathan Messika, Jean-Philippe Metzger,  Nadine Meunier, Marie Caroline Meyohas,VaninaMeysonnier, Florence Michard, Noël Milpied, Delphine Mitanchez, Marguerite Monie, Laurence Monnier-Cholley, Emmanuel Mortier, Sophie Moulias,  Simon Msika,,Jean-Paul Muresan,  Henri Naga, ,  Jean-Marc Naccache, Isabelle Nègre, Jean Neidecker, Marie Neiss,   Marie-Hélène Nicolas-Chamoine, Patrick Niaudet,Karine Norbert, Philippe Nuss, Maie-Pia d’Ortho, Bernard Page, Thomas Papo,Alexandre Pariente, Philippe Passa, ChrysoulaPapageorgiou, Claire Patry, Juliette Pavie, SebastianPease, Antoine Pelissolo, Jacques Pellet,  Julie Peltier, Antoine PelhuchePauline Penot, Sophie Périé,ChristianPerronne, Dominique Piasentin, Georges Picherot, Jean-François Pinel,Claire Pintado, Aurélie Plessier, Matthieu Plichart, Marc Popelier, Valérie ProulleCédricRafat, Marie-Laure Raffin-Sanson, Emmanuel Raffoux, Yolaine Raffray, Delphine Rea, Gérard Reach,  Hélène Regnault, Sylvain Renolleau, Jean-Damien Ricard, Jean Paul Richalet,  Edwige Rigal,  Jean-Pierre 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Vos réactions (6)

  • Quoi ?

    Le 04 juillet 2015

    Les hôpitaux aident à construire le premier recours et puis quoi encore? Vous êtes les enfants gâtés du système de santé ...

  • Que Médecine de ville et Médecine hospitalière s'associent

    Le 04 juillet 2015

    Bel exercice littéraire mais la prise en charge des maladies chroniques et du vieillissement nécessite sans doute que Médecine de ville et Médecine hospitalière s'associent et changent de vision plutôt que de réclamer sans arrêt, pour l'hôpital plus de moyens qui sont déjà considérables, et pour les libéraux de meilleurs honoraires. Il faut axer sur le soin de prévention, sur le wellness, sur la modification des comportements des patients qui ne sont plus pour la plupart des malades mais des sujets ayant des facteurs et des comportements à risque. Il faut rétribuer en fonction d'objectifs et sanctionner individuellement financièrement les dérapages, qu'ils soient du privé autant que du public. On ne peut pas comme la Grèce dépenser plus qu'on a, et l'équilibre des comptes et le bon usage des soins doivent être actés. La santé est un droit mais il faut donner latitude aux médecins d'exercer leur mission de service public sans opposer 2 visions de la société, libérale ou étatique.

    Dr Denis Boutry

  • Le concept même d’hôpital est en cours de disparition

    Le 04 juillet 2015

    Quand dépassera-t-on cette discursivité creuse, prodigieusement inefficace, dangereuse pour les patientes, coûteuse pour la société. La crise de l’hôpital est à interpréter comme l'expression d'une rupture épistémologique. Voici un des nombreux textes que j'ai rédigé sur la question.
    Hôpital public chronique d’une mort annoncée.
    L’hôpital public est malade. Le dernier traitement préconisé est la purge. Pourquoi pas ? Mais n’oublions pas que la maladie est chronique : sept réformes depuis 1958. En réalité la disparition de l’hôpital est inscrite dans le destin de notre société. Certes nous aurons toujours besoins de blocs chirurgicaux, de lits de réanimation, de lits de longs séjours pour les personnes âgées. Mais le concept même d’hôpital est en cours de disparition.
    Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut se poser les bonnes questions : qu’est-ce qu’un hôpital ? Quels sont les problèmes de santé de notre société ? En quoi les progrès techniques en particulier la révolution numérique bouleversent-ils les pratiques médicales ? Si les médecins, les responsables politiques, les autorités de santé se posaient ces questions, alors le découplage de l’hôpital et de la santé publique surgirait comme une scandaleuse évidence : l’hôpital n’est plus du tout l’instrument central qui convient pour résoudre les problèmes de santé de notre modernité, il doit devenir le satellite d’un modèle à construire.
    D’autres pays l’ont déjà compris et ont diminué leur nombre de lits hospitaliers. La France compte 6,4 lits pour 1000 habitants, soit un tiers de plus que la moyenne de l’OCDE et connaît un taux d’occupation des lits curatifs plus faible que la moyenne de l’OCDE.
    La durée moyenne de séjour en France (8,8 jours) est de 17% supérieure à celle de l’OCDE (7,5). Il est intéressant de noter que les Etats-Unis ont la plus faible densité de lits, le taux d’occupation le plus bas et la durée de séjour la plus faible. Les surcouts de santé aux USA ne viennent en tout cas pas des dépenses liées à l’hôpital. La France a deux fois plus d’hôpitaux par million d’habitants que les Etats-Unis et le Royaume-Uni. A l’exception du Canada qui dispose d’une hospitalisation essentiellement publique, la France possède un parc hospitalier public (14 par million d’habitants) plus dense que dans les autres pays comparables (10 en Allemagne, 12 au Japon).
    Pour comprendre la force d’enracinement du concept hôpital dans notre culture, il faut faire un peu d’histoire. L’hôpital s’est constitué en hôpital médical dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. Or les hommes du XVIIIe siècle se sont trouvés devant une situation analogue à celle que nous rencontrons aujourd’hui : celle de réformer l’hôpital public qui, à vrai dire avait peu de fonction médicale et pesait lourdement sur les finances de l’État. Fondé au milieu du XVIIe siècle par Louis XIV, l’hôpital était un lieu ambigu d’accueil et d’enferment, de soins et d’insalubrité. L’analyse de la transformation de l’hôpital à la fin du XVIIIe siècle révèle trois faits exemplaires et essentiels pour dénouer la crise actuelle :
    - Elle a été conduite par des médecins et s’est appuyée sur la rationalité médicale de cette époque ;
    - Conformément à cette rationalité, l’architecture hospitalière, la taille des hôpitaux, la distribution des espaces ont été conçus conformément aux idées médicales comme espace analytique, espace de classement et lieu d’épreuve des maladies.
    - La pensée clinique et avec elle la scientificité de médecine est née à l’hôpital, elle a été la récompense imprévue de l’extraordinaire émulation intellectuelle de la période révolutionnaire.
    Solidarité féconde de la pensée médicale et des espaces médicaux au XVIIIe siècle; cela n’est plus vrai aujourd’hui. Mais nous restons à de nombreux égards prisonniers de ces conceptions originelles. On comprend mieux la force qu’il faut trancher, la révolution copernicienne qu’il faut oser si l’on veut réformer notre système et convaincre les médecins que l’hôpital ne doit être le centre du dispositif de santé, la structure suzeraine.
    En effet la médecine actuelle s’est radicalement transformée, l’hôpital a conservé pour l’essentiel les structures qui l’ont fondé et n’est plus adapté à la nouvelle configuration épistémologique de la médecine. Il n’est plus adapté en particulier au nouveau statut épidémiologique qui se caractérise par la prédominance des maladies chroniques et environnementales. C’est en amont de l’hôpital, c’est dans son extérieur que les grands enjeux de santé publique nous pressent d’agir. Il faut repenser complètement le rapport de la médecine avec les espaces médicaux. Repenser les nécessités de contiguïté de ces espaces médicaux ou au contraire de dispersion.
    Nous avons conscience de l’audace de notre message, Car, aux yeux de nos concitoyens, l’hôpital reste une espace sanctuarisé, Sur lui, l’opinion commune projette un certains nombre de valeurs humanistes ou républicaines. La remise en question de l’hôpital sonne toujours un peu comme un sacrilège. Difficile donc de faire comprendre qu’une recomposition de fond en comble est nécessaire et que loin de représenter une disparition du service public, elle en est au contraire la condition de survie.
    N’oublions pas que, l’hôpital, c’est, selon des économistes de santé, en chiffre de mortalité par erreurs thérapeutiques plus que les accidents de la route et la mortalité par cancer du sein réunies.
    Ce n'est évidemment pas sur le sable du désert conceptuel des apprentis réformateurs qui prétendent aujourd'hui défendre l'hôpital qu'un quelconque progrès sera possible!!
    Il ne faut pas défendre l’hôpital, il est déjà mort, il faut imaginer autre chose et ce dans l'intérêt même de nos concitoyens;

    Laurent Vercoustre(1) médecin hospitalier
    (1) Laurent Vercoustre, Faut-il supprimer les hôpitaux ? L’hôpital au feu de Michel Foucault», Éditions L’Harmattan.
    que j'ai rédigé sur cette question.

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