Application du repos de sécurité : les internes veulent réveiller les hôpitaux et le gouvernement

Paris, le mercredi 27 avril 2016 – Depuis son arrivée au ministère de la Santé, Marisol Touraine a manifesté à plusieurs reprises sa volonté de clarifier les réglementations concernant le temps de travail des internes et de renforcer l’application des règles concernant le repos de sécurité. « Il n’est plus acceptable que les internes soient corvéables à merci » lançait-elle par exemple en septembre 2013, tandis qu’elle faisait inscrire le respect du repos de sécurité dans les « conventions établies entre les CHU et les hôpitaux non universitaires » et avait auparavant fait publier une circulaire de rappel à l’ordre. La mise en place d’un dispositif de sanctions à l’égard des établissements enfreignant la réglementation a par ailleurs été amorcée en 2014, tandis qu’après de longs mois de lutte et de négociations, les internes finirent par obtenir, l’année dernière, l’application en droit français de la directive européenne sur le temps de travail des étudiants en médecine. Cependant, le ministère de la Santé paraît encore souffler le froid et le chaud. Outre la lenteur de publication des textes concernant le statut des internes, l’ambiguïté d’une circulaire publiée sans concertation au début de l’année, créant la possibilité de "dérogations" à l’application du repos de sécurité, dans certaines situations, avait fait bondir les syndicats d’internes. Par ailleurs, ces derniers ne peuvent que constater que la législation demeure encore inégalement appliquée. En 2013, une enquête de l’Intersyndicat national des syndicats d’interne (ISNI) avait mis en évidence le fait que « 21 % des internes ne bénéficiaient pas de leur repos de sécurité ». Prochainement, de nouvelles données devraient être publiées par l’organisation. Mais déjà, les témoignages confirment la persistance de dysfonctionnements. « Selon les services, et surtout en chirurgie et cardiologie, il n’est toujours pas rare d’enchaîner une journée normale de dix heures derrière une garde de nuit de 24h s’achevant normalement à 8h30 » décrit ainsi dans les colonnes de la Provence un interne à La Timone, qui juge difficile de se révolter contre ces demandes. « C’est risquer de se faire mal voir, de voir écartés des postes d’assistants », confie-t-il.

De Paris à Marseille : les internes s’activent pour leur repos

Forts de ce type de constatations, plusieurs syndicats d’internes ont ces derniers jours lancé de nouveaux appels à l’application des règles sur le repos de sécurité, du Syndicat des internes des hôpitaux de Marseille (SAIHM), à l’Intersyndicat national des internes (ISNI) en passant par les représentants des jeunes médecins parisiens ou stéphanois. Certains ont vu dans l’alerte lancée en premier par le SAIHM un lien avec le suicide à la fin du mois de février d’un interne en chirurgie. Dans les colonnes du Quotidien du médecin, l’organisation se refuse à établir un parallèle, mais note néanmoins dans son communiqué « Les internes ressentent une déshumanisation de la relation de soin et des difficultés à exercer leurs fonctions ; ce qui peut conduire à l’épuisement physique et moral ».

Suicide à Marseille : le poids des conditions de travail en question

Dans le témoignage diffusé par le Quotidien du médecin apporté par la mère du jeune homme qui s’est donné la mort, l’influence des conditions de travail et de la "déshumanisation" des études de médecine, terme également employé dans nos colonnes par plusieurs étudiants et praticiens, apparaît assez clairement. « On retrouve dans les témoignages de ses derniers jours des signes d’épuisement professionnel, un vécu de dévalorisation, le sentiment de ne pas parvenir à répondre correctement aux attentes de sa hiérarchie et à celles de ses patients » écrit la mère (également médecin), de ce jeune homme de 27 ans. Elle poursuit en insistant : « Leurs conditions de travail (repos de sécurité non respecté, horaires extensibles, surcharge de travail, course au diplôme, attente et incertitude pour avoir un poste d’assistant, rémunérations sans rapport avec leur investissement) doivent maintenant être connues de tous et mises en débat ».

Rappelons qu’au-delà d’une réponse institutionnelle adaptée et à la hauteur des enjeux, les étudiants eux-mêmes ont mis en place des dispositifs pour soutenir les internes en détresse, comme l’ont exposé dans nos colonnes ce week-end plusieurs d’entre eux.

Aurélie Haroche

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