Au Niger, des distributions d’azithromycine pour réduire la mortalité infantile

Une étude menée dans plusieurs pays africains, l’étude MORDOR I, a montré que l’administration d’azithromycine 2 fois dans l’année dans la population pédatrique réduisait la mortalité infantile. A la fin de la 2ème année de l’étude, la réduction était de 18 % au Niger, par rapport au placebo. L’effet augmentait après chaque période de distribution de l’azithromycine, passant de 16 % à la fin de la première année à 20,3 % à la fin de la seconde année. La question se posait donc de savoir si une année supplémentaire améliorerait encore les résultats.

C’est ce qui a motivé la mise en place de l’étude MORDOR II. Les enfants de 1 mois à 5 ans appartenant à 594 communautés du pays ont bénéficié à nouveau de 2 distributions d’azithromycine, espacées de 6 mois. Il s’agit cette fois d’un essai en ouvert, sans branche placebo, et tous les enfants ont reçu l’antibiotique, à la dose de 20 mg par kilo lors de chaque distribution.
 
Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes, puisque la mortalité est sensiblement identique dans les deux groupes : 24 pour 1000 personnes-années dans les communautés qui avaient reçu le placebo lors de MORDOR I et 23,3 pour 1000 personnes-années dans les communautés qui recevaient l’azithromycine pour la 3ème année. Notons toutefois que, pour le premier groupe, ce chiffre correspond à une réduction de mortalité de 13,3 %.
 
Le rôle possible de l’apparition de résistances bactériennes pour expliquer cette diminution de l’efficacité n’est pas écarté, la multiplication des distributions d’antibiotique pouvant contribuer à la sélection de bactéries résistantes. Rappelons que des programmes de lutte contre le trachome ont conduit à plusieurs distributions massives d’azithromycine dans le pays, et sont à l’origine de l’apparition de souches résistantes, retrouvées notamment dans le nasopharynx et les selles des enfants.

Les auteurs objectent que les résistances apparues au cours des distributions massives auraient du théoriquement réduire, voire inverser tout avantage potentiel de survie dans ces communautés. Ils estiment toutefois que la surveillance de l’apparition de souches pathogènes résistantes doit se poursuivre à plus long terme.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Keenan JD et coll. : Longer-Term Assessment of Azithromycin for Reducing Childhood Mortality in Africa. N Engl J Med 380 (23) : 2207-2214.

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