Au pays de Pasteur, la défiance vis-à-vis de la vaccination est la plus forte

Paris, le lundi 12 septembre 2016 – Quel pourrait-être le profil type des pays offrant un terreau favorable à une défiance vis-à-vis des vaccins ? Contrée où l’instabilité politique et la corruption généralisée font le lit d’un rejet des autorités, région où les campagnes de vaccination ne s’inscrivent pas au sein d’un dialogue privé entre un médecin et son patient mais répondent à des opérations de masse, localités où des accidents réels impliquant ces produits ont eu lieu ? Un faible accès aux études supérieures empêcherait par ailleurs une bonne compréhension des mécanismes scientifiques et permettrait plus facilement aux théories mal ficelées de s’implanter.

Quatre questions

Pourtant, au premier rang des pays où la population exprime une forte défiance vis-à-vis de la vaccination se trouve la France. Tel est l’un des enseignements d’une vaste enquête conduite par les chercheurs du Vaccine Confidence Project. Plus de 65 000 personnes dans 67 pays ont été invitées à répondre à quatre questions concernant les vaccins. Il s’agissait de définir leur degré d’adhésion aux assertions suivantes : « Dans l’ensemble, je pense que les vaccins sont sûrs », « Dans l’ensemble, je pense que les vaccins sont efficaces », « Il est important pour les enfants de recevoir les vaccins » et « Les vaccins sont compatibles avec mes croyances religieuses ».

En tête devant la Bosnie-Herzégovine, la Russie et la Mongolie

Les Français ont été 41 % à s’affirmer en désaccord avec le caractère fiable des vaccins (et 13,69 % se sont déclarés en totale contradiction). Ils sont moins nombreux à mettre en doute leur efficacité (17 % se montrent inquiets à ce sujet) et une proportion plus restreinte encore ne juge pas « importante » l’immunisation des enfants (12 %). Dans aucun pays, on ne retrouve la même contestation de la fiabilité des vaccins : le taux Français est trois fois plus élevé que la moyenne mondiale. Dans les pays qui suivent la France, on retrouve des états où le rejet des institutions et l’instabilité politique sont plus marqués : Bosnie-Herzégovine, Russie, Mongolie et Grèce.

Etat d’esprit et ratés

Comment les discours des anti-vaccins ont pu s’imposer aussi largement en France, jusqu’à toucher plus d’un Français sur trois ? Les pistes d’explication sont nombreuses.

La tradition française de scepticisme et de critique ne peut pas être écartée : elle aura offert à certains discours une aura particulière et donné à leurs auditeurs  (connaissant notamment des niveaux d’enseignement élevés) la sensation d’accéder à une vérité habilement cachée et de ne plus être trompés. C’est dans ce même esprit, qu’au-delà de toute période insurrectionnelle, les Français conservent toujours une distance avec leurs autorités (que l’on peut constater dans d’autres domaines).

Au-delà de cet état d’esprit, plusieurs accrocs dans la politique vaccinale de ces dernières années n’ont pu que renforcer les mécanismes de défiance. La très mauvaise gestion de la vaccination contre l’hépatite B a entraîné une chute sans raison scientifique valable du recours à ce vaccin, qui n’est aujourd’hui toujours pas corrigée. La confusion autour de la vaccination contre la grippe H1N1 s’est inscrit dans cette même tendance.

Par ailleurs, les réponses des politiques face aux interrogations soulevées par la presse ne font souvent que renforcer les doutes. C’est ainsi que les discours des autorités sanitaires et scientifiques ont été inaudibles face à la vague de reportages présentant certaines pathologies développées par quelques jeunes filles comme ayant un lien certain avec la vaccination contre le HPV. De même le fait de lancer une concertation autour de la vaccination pour répondre au développement de discours hostiles a été pour certains appréhendé comme une stratégie dangereuse, car pouvant être interprétée par certains gourous comme un aveu déguisé de culpabilité. Enfin, l’ambiguïté autour de l’obligation vaccinale (qui concerne certains vaccins mais pas d’autres et qui ne vise pas les rappels) a également constitué un terreau favorable à l’émergence de discours fantaisistes oscillant entre théorie du complot et raccourcis scientifiques.

Enfin, il n’est pas impossible que le degré de sécurité offert en France sur les produits de santé (en dépit de quelques scandales) induit un désir de fiabilité maximum qu’aucun produit ne peut en réalité offrir, un désir nécessairement déçu.

A l’autre bout de l’échelle, le pays où la confiance vis-à-vis de la vaccination est la plus forte est le Bangladesh. Moins de deux pour cent des personnes interrogées jugent les vaccins peu sûrs et 5 % doutent de leur efficacité. Le Bangladesh voit ici les fruits d’une politique d’incitation à la vaccination sans faille, dans un pays où à la différence de la France où les progrès sont plus anciens, on constate sans mal l’utilité essentielle des vaccins par une diminution significative de la mortalité infantile.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (15)

  • Y'a pas qu'en France !

    Le 12 septembre 2016

    Le Bangladesh : un pays d'inalphabetes à qui on cache tout, tout comme le Nordeste du Brésil dont les femmes enceintes ont accepté de se faire vacciner au DTCoq depuis Nov 2014... alors qu'on ne vaccine jamais les animaux gestants !
    Par ailleurs, % non concluants puisque 58% des médecins français doutent de l'utilité de certains vaccins et que 31% remettent en cause leur sécurité.
    Après l'émission de ce matin "Seul contre tous" sur Sud Radio, 65% des auditeurs n'avaient pas confiance dans les vaccins.
    On nous parle de degré de fiabilité des produits de santé alors que 30 000 décès en France leur sont imputables! Qu'en Italie les vaccins constituent la 2è cause d'effets secondaires des médocs après les anticancéreux et plus de 8 000 cas en 2014 avec en tête le ROR...
    La France n'est donc pas isolée sur ce front. Même en Géorgie et plus exactement dans la capitale Tbilissi, les quartiers bourgeois ont décidé de suivre la politique vaccinale américaine et enregistrent des pourcentages d'autisme élevés absents des quartiers populaires...

    Serge Rader

  • Vacciner contre la coqueluche les femmes enceintes

    Le 13 septembre 2016

    Une certitude, la coqueluche tue le tout petit pas encore vacciné. Il me semble que les USA conseillent le rappel coqueluche pendant la grossesse depuis 2011 pour mieux protéger les petits avant le début de la vaccination, que les anglais le recommandent aussi depuis 2012 en fin de grossesse suite à une douloureuse épidémie meurtrière (articles sur l'efficacité et la tolérance du vaccin dans le Lancet, BMJ, Pediatrics). Il en serait de même pour la Nouvelle Zélande, la Belgique, Israel et ce ne sont pas des pays sous développés inalphabètes...
    Enfin, une autre certitude: continuer à consommer de l'alcool et fumer pendant la grossese (avec du cadmium, de l'arsenic, du mercure du plutonium, du DDT, de l'acide cyanhydrique...) est responsable de beaucoup de dégats mais ce n'est pas bien grave, ça ne fait pas le buzz.

    J'aimerai bien que l'on dépense autant d'énergie contre les méfaits du tabac et de l'alcool que contre l'utilité de la vaccination en France.

    Dr Laurent Besson-Léaud

  • Defiance vis-à-vis de la vaccination

    Le 14 septembre 2016

    Qui est Serge Rader ? Quelles sont ses sources concernant l'Italie ? La mortalité infantile élevée dans des pays comme le Bengladesh permet à la population de comprendre le risque infectieux. Pour beaucoup de nos concitoyens y compris des médecins et des infirmiers il y a oubli et déni de ce risque car la vaccination générale a fait disparaitre la diphtérie, la poliomyélite et autres infections. L'ignorance et le manque de réflexion permettent à certains de s'exprimer surtout lorsqu'ils ont assisté à des conférences d'un ex professeur de médecine.

    Dr Michelle Gassin

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