Augmentation du nombre de noyades : des pistes d’explications

Paris, le jeudi 12 juin 2019 - Les enquêtes Noyades menées depuis 2002 par Santé publique France ont pour objectifs de recenser l’ensemble des noyades (accidentelles ou non, suivies de décès ou non) et de décrire les caractéristiques des victimes et des circonstances de survenue de ces incidents à des fins de prévention.

Cette enquête est réalisée par questionnaire auprès des services de secours du 1er juin au 30 septembre en France métropolitaine et en Outre-mer.

La dernière enquête a permis de recenser, en 2018, 1 960 noyades dont 30% (597/1 960) ont été suivies de décès. Parmi l’ensemble de ces noyades, 84% (1 649/1 960) étaient d’origine accidentelle, 8% (149/1 960) intentionnelles (tentatives de suicide, suicide ou agression) et 8% (162/1 960) étaient d’origine inconnue.

Les investigateurs se sont plus particulièrement penchés sur les 1 649 noyades accidentelles (dont 25% à l’origine de décès) ces événements ayant augmenté de 30% par rapport à l’enquête de 2015 (1 266) sans qu’on assiste pour autant à une hausse des décès (entre 400 à 500 en moyenne chaque année).

La canicule sur le banc des accusés

Un premier facteur d’explication de cette forte augmentation des noyades « est le contexte de fortes chaleurs durant la période de l’enquête » soulignent les auteurs de ces travaux publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire. Une étude canadienne a ainsi déjà montré que, sur la période 1999-2009, les températures excédant 30 °C étaient associées à une augmentation de 69% du risque de noyade en extérieur. Or, l’été 2018 a été classé par Météo-France comme le deuxième été le plus chaud depuis 1900.

La noyade sèche : un concept faux qui fausse les chiffres

Autre facteur explicatif pour les auteurs, la médiatisation depuis quelques années, et particulièrement depuis 2017, du concept de noyade « sèche » (noyade qui interviendrait plusieurs heures, voire plusieurs jours après une activité de baignade) qui ne repose sur aucune réalité scientifique mais qui a pu entraîner une sollicitation plus élevée des services de secours par des parents inquiets à la suite d’un début de noyade d’un enfant.

Autre hypothèse, chez les moins de 6 ans, près des trois-quarts (73%) des noyades accidentelles ont eu lieu en piscine privée familiale. Or, la multiplication de piscines privées hors sol, dépourvues de système de sécurité pourrait être une explication à l’augmentation constatée.

Un biais statistique ?

Les auteurs soulignent en outre « nous ne pouvons exclure que l’utilisation des données du réseau Oscour® pour la première fois lors de l’enquête 2018 ait pu entraîner une meilleure exhaustivité du recensement des noyades ». Néanmoins, ils tempèrent « Cependant, ceci ne pourrait expliquer qu’une faible partie de l’augmentation du nombre de noyades car lorsque la noyade n’était rapportée que par l’hôpital identifié par les données du réseau Oscour®, elle n’a pas été prise en compte car nous avons considéré que la victime n’avait pas été prise en charge par un service de secours organisé mais avait vraisemblablement été emmenée par un proche ».

Xavier Bataille

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article