Autisme et migrations

Le phénomène migratoire est considéré désormais comme un facteur de risque important de l’autisme. Pour préciser ces liens entre des antécédents de migration chez les parents et la survenue de troubles autistiques chez l’enfant, une équipe suédoise a consacré à cette question une étude de cas-témoins appariés (matched case-control study) [1] portant sur 4 952 sujets avec autisme (dont « 2 855 enfants avec autisme de haut niveau et 2 097 avec autisme de bas niveau » d’efficience intellectuelle).

Les auteurs constatent que les enfants de migrants ont effectivement un risque d’autisme de bas niveau augmenté (Odds ratio [OR]  = 1,5 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] : 1,3–1,7). Ce risque se révèle le plus élevé quand les parents sont issus de régions du monde « avec le plus faible indice de développement humain » (indice composite des Nations Unies évaluant le niveau global de développement, fondé notamment sur l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le niveau de vie, lui-même fonction du produit intérieur brut par habitant) et il « atteint son maximum quand le déplacement migratoire des parents s’est effectué aux alentours de la période de la grossesse » (OR = 2,3 ; IC95 : 1,7–3 ). Mais au contraire, une diminution du risque d’autisme de haut niveau est observée chez les enfants de migrants, quelles que soient la contrée d’origine des parents et l’époque de la migration, relativement à la grossesse (OR ajusté= 0,5 ; IC95 : 0,4–0,6). Les auteurs ne retrouvent cependant aucun facteur (âge parental, niveau de ressources, déroulement de la grossesse ou de l’accouchement…) susceptible « d’expliquer pleinement l’une quelconque de ces associations », mais ils estiment en conclusion que des facteurs d’environnement associés au vécu migratoire peuvent vraisemblablement « contribuer au déterminisme de l’autisme associé à une déficience intellectuelle », tout particulièrement quand « les effets de ces facteurs environnementaux se font ressentir in utero. »

D’autre part, cette étude suggère que « l’autisme de haut niveau et celui de bas niveau ont probablement des étiologies différentes », au moins partiellement, et devraient ainsi « faire l’objet d’études épidémiologiques distinctes », bien que complémentaires.

 

[1] http://www.med.univ-montp1.fr/enseignement/masters_LMD/M1/ESPRC/acces_N/2010-2011/M1_ESPRC_Enquetes_cas_temoins_Planification_BIS.pdf

Dr Alain Cohen

Référence
Magnusson C et coll.: Migration and autism spectrum disorder: population-based study. Br J. Psychiatry 2012; 201: 109–115.

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