Autisme : qui croit encore à l’hypothèse vaccinale ?

C’est une décision qui a fait un bruit énorme aux Etats Unis : selon les conclusions d’une court fédérale américaine, dite peoples’s court car pouvant se satisfaire de soupçons et à laquelle étaient suspendus des milliers de parents en attente de compensation (monétaire), les vaccins ne seraient pour rien dans l’autisme. Coup dur pour plus de 5 500 familles persuadées du contraire qui avaient déposé une réclamation au « Vaccine Injury Compensation Program », mais énorme ouf de soulagement pour de nombreux médecins et institutions pour qui une décision opposée aurait été l’annonce d’un échec programmé des prochaines campagnes de vaccination et peut-être celle de la réapparition de quelques pestilences infectieuses sur le territoire…

Retour sur ces études sur lesquelles la décision s’est appuyée, et qui ont fait l’objet d’un « invited article » dans la dernière issue du Clinical Infectious Diseases, journal de référence s’il en est. On y apprend que tout a débuté le 28 février 1998, jour où A. Wakefield, gastro entérologue anglais, publiait dans le Lancet un article décrivant 8 enfants présentant des premiers signes d’autisme dans le mois suivant leur vaccination rougeole- oreillons- rubéole (ROR). Cette étude, qui en réalité ne résistait pas à une analyse critique détaillée, devait être le prétexte à des dizaines d’autres, dans le monde anglo-saxon et ailleurs (sauf en France, où le retard en matière d’épidémiologie de l’autisme est patent) avec pour seul but d’établir la réalité d’un lien entre vaccins –ROR en tête- et autisme, et d’en comprendre les causes. On peut constater, avec JS Gerber, que tous ces travaux ont accouché de 3 hypothèses majeures : la combinaison vaccinante ROR provoquerait l’autisme en endommageant la barrière intestinale et en permettant la pénétration de protéines encéphalopathiques ; le thimerosal, un conservateur contenant de l’éthyl-mercure qui a été utilisé pendant 50 ans (substance qu’on ne trouve pas dans le ROR, vaccin atténué) serait toxique pour le SNC ; l’administration simultanée de vaccins multiples déborderait et/ou affaiblirait le système immunitaire. Elles ont toutes trois été globalement réfutées, mais il aura fallu pour cela des années et d’innombrables études de cohortes de vaccinés et de non vaccinés, qu’il serait fastidieux et de toutes façons impossible d’énumérer ici.

Les familles refoulées ne comprennent et n’admettent toujours pas et force est de constater que, des années plus tard, l’argument de Wakefield, repris en « special court » à Washington, tient toujours dans le grand public. Difficile, effectivement, d’admettre une coïncidence statistique lorsqu’un gamin en pleine santé présente des signes d’autisme quelques jours après une vaccination, même si on réalise 10 millions de ROR chaque année aux Etats-Unis. Le problème, en réalité, vient du fait que l’autisme est une maladie qui semble de plus en plus fréquente, qu’on la diagnostique de mieux en mieux et toujours plus précocement, et surtout qu’on n’en connaît toujours pas la ou les causes.

Dr Jack Breuil

Référence
Gerber J S et coll. Vaccines and autism: a tale of shifting hypotheses. Clinical Infectious Diseases 2009; 48: 456-461

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