Avortement du projet espagnol visant à restreindre le droit à l’IVG

Madrid, le mercredi 24 septembre 2014 – Depuis quelques semaines, les rumeurs bruissaient. Adopté fin décembre par le gouvernement espagnol, le projet de loi porté par le ministre de la justice Alberto Ruiz-Gallardon, visant à restreindre très fortement le droit à l’avortement semblait devoir rester lettre morte. Le texte, pourtant, avait été présenté à la fin de l’année dernière, comme une réponse aux promesses formulées par le Parti populaire lors de la campagne électorale de 2011. Il s’agissait de revenir sur la loi adoptée  en 2010 sous le gouvernement socialiste de Zapaterro autorisant l’avortement pour toutes les femmes jusqu’à 14 semaines de grossesse et qui avait mis fin à plusieurs décennies marquées par une certaine hypocrisie : bien que l’IVG soit officiellement interdite, elle était pratiquée fréquemment jusqu’à des termes très avancés, en raison d’une utilisation bien trop souple de l’exception de souffrances psychologiques.

Absence de consensus au sein du Parti populaire

La présentation et l’adoption du projet visant à revenir à une législation plus rigide et à n’autoriser l’avortement qu’en cas de viol ou de danger mortel pour la santé physique ou psychique de la mère avaient soulevé un tollé tant en Espagne que dans toute l’Europe. Partout, des voix s’étaient élevées pour dénoncer cette entrave à la liberté des femmes de disposer de leur corps et s’étaient inquiétées du risque d’un retour à des pratiques clandestines et donc dangereuses. Les positions contestataires se firent entendre jusqu’au sein du parti populaire au pouvoir. « Il n'existe aucun consensus interne sur cette loi et il sera difficile d'arriver à un accord » remarquaient par exemple plusieurs proches du Premier ministre, Mariano Rajoy, cités la semaine dernière par le quotidien El Mundo. De telles controverses incitèrent le gouvernement à repousser la présentation du projet devant le Parlement et depuis la rentrée les rumeurs suggérant le retrait du texte étaient de plus en plus insistantes. Ce vendredi, le numéro deux du gouvernement Soraya Saenz de Santamaría confirmait elle-même : « C'est une loi compliquée, sensible socialement ».

Les Pro Vie jettent leurs dernières forces dans une bataille déjà perdue 

Ces différentes déclarations et rumeurs attisèrent la colère et les inquiétudes des mouvements Pro Vie qui ce dimanche 21 septembre ont tenté de montrer leur détermination. Plusieurs milliers de personnes ont ainsi défilé dans les rues de Madrid, appelant le gouvernement à ne pas céder aux pressions et à faire adopter la loi restreignant le droit à l’avortement. Beaucoup dans les rangs menaçaient d’un boycott électoral du Parti populaire si leur appel n’était pas entendu. Ces manifestants n’ont cependant pas conforté Mariano Rajoy : ce mardi 24 septembre, il a confirmé que le projet de réforme du droit à l’avortement était abandonné. « Le gouvernement a fait le plus d’efforts possible pour tenter de parvenir au meilleur consensus possible. Nous allons continuer à étudier des formules permettant de parvenir à un meilleur accord sur la réforme. Mais en ce moment, je crois avoir pris la décision la plus sensée », a-t-il détaillé devant des journalistes. Immédiatement cette annonce a été saluée par l’opposition socialiste et plus encore par les associations de défense des droits des femmes qui considèrent ce recul comme une véritable victoire.

Aurélie Haroche

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