Avortement : malgré l’opposition de l’Eglise, l’Espagne tente de mette fin à vingt-cinq ans d’hypocrisie

Madrid, le lundi 30 mars 2009 – Pour une population d’environ 65 millions d’habitants, la France compte chaque année près de 210 000 avortements, ce qui représente une tendance relativement haute par rapport à la moyenne européenne. Si la même situation prévalait en Espagne, où vivent 45 millions de personnes, on recenserait 145 millions d’interruptions volontaires de grossesse (IVG). Les chiffres sont un peu inférieurs sans pour autant mettre en évidence un contraste saisissant : on pratique de façon légale 112 000 avortements chaque année de l’autre côté des Pyrénées. Cette comparaison invite à penser que les législations en vigueur sont peut-être un petit peu plus rigoureuses en Espagne que dans l’hexagone ou encore que l’IVG y est une pratique moins courante, en raison de l’influence plus prégnante de certains dogmes religieux, voire de moins nombreux échecs de contraception. L’observation conjointe des situations françaises et espagnoles ne laisse cependant nullement supposer qu’en Espagne l’avortement est interdit. C’est pourtant, la norme générale qui prévaut : il n’existe que trois situations qui permettent d’y déroger. L’avortement en Espagne n’est en effet possible qu’avant 12 semaines d’aménorrhée en cas de viol, avant 22 semaines si une malformation fœtale est dépistée et jusqu’à la fin de la grossesse si la santé physique ou psychique de la mère semble en jeu (et en cas de malformation fœtale engageant le pronostic vital). Quatre-vingt dix sept pour cent des 112 000 avortements réalisés en Espagne sont faits en invoquant la toute dernière exception : l’existence d’un risque pour la santé mentale de la femme.

Avortement possible jusqu’à huit mois dans un pays où l’IVG est interdite !

L’hypocrisie de la situation est depuis longtemps dénoncée par de nombreuses institutions. Les dérives qu’entraîne cette législation ambiguë ont également été mis en évidence : en octobre 2006, une journaliste d’une chaîne de télévision danoise était parvenue à démontrer qu’il était possible pour une femme enceinte entamant son huitième mois de grossesse, d’obtenir un avortement dans une clinique barcelonaise, en invoquant un important état de détresse et moyennant 4 000 euros. Pourtant, le gouvernement socialiste actuel, conduit par José-Luis Zapaterro a longtemps hésité à légiférer dans un domaine, qui fait encore l’objet de vives réticences dans une Espagne où 80 % de la population s’affirme catholique. Ainsi, en janvier 2008, trois mois avant de nouvelles élections législatives, le premier ministre avait affirmé qu’il n’y avait « aucune prévision de modification législative en ce qui concerne l’IVG ». Ces échéances électorales passées et remportées par son équipe, le discours du dirigeant socialiste a changé. Son gouvernement a en effet porté devant le Parlement une proposition de loi visant à autoriser pleinement l’avortement jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée et ne le permettant jusqu’à vingt-deux semaines qu’en cas de malformation du fœtus ou de danger pour la santé de la mère. Le texte a été récemment approuvé par la Commission de l’Egalité de la Chambre des députés espagnole, mais l’opposition à cette proposition législative n’a pas tardé à s’organiser. Une campagne a ainsi été lancée par l’Eglise catholique qui présente au côté de la photographie d’un petit lynx ibérique, espèce en voie de disparition et donc protégée, celle d’un bébé à quatre pattes, qui s’interroge « Et moi ? Protège aussi ma vie » ! Ces affiches et d’autres slogans « pro vie » étaient fortement représentés lors d’une grande manifestation qui a réuni plus de 100 000 personnes dans les rues de Madrid hier, organisée à l’appel des associations Médecins pour la vie, Provida Madrid et HazteOir (Fais toi entendre), groupes laïques mais proches des milieux catholiques. Le défilé marqué par la couleur rouge où l’on comptait de nombreux enfants et adolescents se voulait le premier d’une longue série de manifestations qui devrait connaître son apogée lors de la « semaine sainte ». Si l’Eglise soutient sans mystère ces actions, certains scientifiques n’ont également pas caché leur adhésion à ce mouvement. Trois cent scientifiques, professeurs et intellectuels de renom ont en effet signé la semaine dernière un manifeste opposé à la réforme de la loi sur l’avortement. Malgré ces résistances, le gouvernement est bien décidé à faire adopter sa loi avant la fin du mois de juin, ne semblant prêt à ouvrir les négociations que sur un seul point : la possibilité pour les jeunes filles de 16 à 18 ans d’avorter sans l’autorisation de leurs parents.

L.C.

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