Baby blues et handicap : quelles relations ?

To speak or not to speak

Une question importante est notamment de déterminer si la survenue d'une dépression maternelle peut être influencée par les informations médicales, qui sont données, d'autant que la possibilité de séquelles psychomotrices est souvent évoquée très précocement aujourd'hui, et fréquemment même alors que les nouveau-nés sont encore hospitalisés en unités de soins intensifs du fait des progrès des méthodes diagnostiques.

Afin d'étudier ce point, une équipe de pédopsychiatres britanniques de Liverpool, Manchester et Londres, K. Lambrenos et coll., ont entrepris une étude chez des mères d'enfants normaux et à risque. Ainsi, ils ont comparé trois groupes de femmes : l'un de 30 mères de prématurés risquant de présenter des séquelles psychomotrices, notamment en raison des résultats des examens ultrasonographiques, l'autre de 35 mères de prématurés chez lesquels ce risque paraissait très peu probable, et enfin un groupe de 31 mamans d'enfants en bonne santé nés à terme. Le premier de ces groupes a, par ailleurs, été subdivisé en deux catégories, selon que les enfants avaient ou non bénéficié à leur domicile d'une kinésithérapie précoce à visée préventive (méthode Bobath). L'existence d'une dépression maternelle a été recherchée en prenant en compte la classification du DSM III, après analyse des réponses à un auto-questionnaire puis entretien. En outre, le contexte social a été évalué.

Les facteurs sociaux davantage que le handicap

Le pourcentage de mères dépressives est demeuré constant dans le cas des prématurés : 28% à 6 semaines, 29% à 6 mois, 26%, enfin, à 1 an. Et, curieusement, un taux équivalent de dépressions maternelles a été retrouvé à 12 mois, chez les mères d'enfants nés à terme (26%). Ainsi, dans cette étude, avoir un enfant prématuré, et même un enfant risquant de présenter ultérieurement un déficit, n'a pas semblé accroître statistiquement le risque dépressif, et ce même lorsque les craintes de séquelles psychomotrices ont été confirmées (ce qui a malheureusement été le cas 25 fois sur 30).

En revanche, la probabilité de dépression est apparue nettement corrélée (p<0,001) avec un score "d'adversité sociale" supérieur à 4 (cf tableau ci-dessous). Plus précisément, une analyse détaillée a révélé des variations d'un trimestre à l'autre, en fonction des items. Par exemple, à 6 semaines, l'importance des difficultés de logement prédominait. En revanche, à 6 mois, ce sont plutôt le chômage et l'éloignement de la femme vis-à-vis de sa famille d'origine qui semblaient jouer un rôle important. A un an, les difficultés conjugales paraissaient être au premier plan. L'analyse statistique n'a, par ailleurs, pas mis en évidence de relation entre des prévisions pessimistes émises quant au devenir de l'enfant et les difficultés sociales. Enfin, de façon paradoxale, le risque dépressif est apparu plus élevé quand une kinésithérapie précoce avait été entreprise au domicile de l'enfant.

K. Lambrenos et coll. émettent l'hypothèse que ce geste pourrait accentuer la prise de conscience des parents vis-à-vis des problèmes à venir. Cela les incite à réfléchir à la date de début de cette kinésithérapie, et surtout aux explications devant l'accompagner, mais ils ne la remettent pas en cause en raison de son intérêt pour l'enfant.

Ainsi, cet article souligne la fréquence de la dépression maternelle, et insiste sur l'importance des facteurs sociaux dans sa survenue.

Sans discuter sa validité statistique, cette étude mériterait cependant d'être confirmée sur une plus large population. Au cours de l'examen pédiatrique, il est, en tout cas, utile de conserver en arrière-pensée ces éléments, car si l'on souhaite que l'enfant soit "bien dans sa tête", ne faut-il pas que sa mère le soit aussi ?

François Douchain

Référence
Lambrenos K. et coll. : "The effect of a child's disability on mother's mental health". Arch. Dis. Child., 1996 ; 74 : 115-120.

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