Barquettes en plastique, dioxyde de titane, glyphosate : quel menu pour la loi Alimentation ?

Paris, le mercredi 23 mai 2018 – Une séquence intense a débuté hier à l’Assemblée nationale avec l’ouverture de l’examen du projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentaire saine et durable (dit EGAlim). En dépit du programme appétissant que promet le titre du projet de loi et la longue concertation qui a permis de mijoter le texte, ce dernier déçoit la plupart des associations agissant dans le domaine. Défense des animaux, promotion d’une agriculture plus respectueuse de l’écologie, limitation des polluants : sur plusieurs fronts, le projet ne répond pas aux attentes de nombreux groupes militants.
Cependant, beaucoup espèrent que les 2 600 amendements déposés, même s’ils risquent d’être parfois lus à la hâte (la durée globale des discussions a été limitée à 30 heures), permettront d’enrichir le texte.

Le colorant plus blanc que blanc bientôt aux oubliettes ?

Les espoirs concernent notamment la limitation de substances potentiellement toxiques qui attisent les inquiétudes. Le gouvernement n’a pas totalement ignoré cette question. Ainsi, le texte prévoit l’élimination des nanoparticules de dioxyde de titane des produits alimentaires. Connues également sous le nom du colorant E 171, les nanoparticules de dioxyde de titane offrent une couleur blanche immaculée aux bonbons et autres mets sucrés. Le hic, certains travaux chez l’animal, dont les résultats ont parfois été discutés, suggéraient une éventuelle toxicité de l’additif. L’Agence européenne de la sécurité alimentaire s’est montrée plutôt rassurante en 2016 considérant que « les données disponibles sur le dioxyde de titane (E 171) dans les aliments n'indiquaient pas de problème pour la santé des consommateurs ». Les experts « ont néanmoins recommandé que de nouvelles études soient réalisées pour combler les lacunes dans les données relatives aux effets possibles de cette substance sur le système reproducteur, données qui pourraient leur permettre d’établir une dose journalière admissible (DJA) ». Plutôt que d’attendre, compte tenu de l’absence d’utilité nutritive et même gustative du E171, le gouvernement plaide aujourd’hui pour l’interdiction de la substance dans les produits alimentaires.

Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?

Si face à un produit peu nécessaire, les hésitations sont faibles, elles le sont bien plus quand à une toxicité non parfaitement prouvée s’ajoute un rôle majeur. Telle est la situation du glyphosate. Si la substance sert d’épouvantail à de nombreux groupes écologistes, des doutes persistent quant à l’ampleur de ses méfaits. Aussi, la position du gouvernement est ambiguë, à l’instar de son attitude dans le cadre du projet de loi. Ainsi, l’interdiction du glyphosate ne figure pas dans le texte qui a été dévoilé hier, mais plusieurs députés ont promis de soutenir des amendements visant à imposer une date butoir pour la fin du glyphosate, amendements qui pourraient être soutenus par le ministère de l’Écologie.

Contenant et contenu

Le sort des amendements tendant à interdire l’utilisation de contenants en plastique dans les cantines collectives et notamment scolaires est plus incertain. La lutte contre les barquettes en plastique plébiscitées par certaines structures de restauration scolaire est un nouveau cheval de bataille de ceux qui se sont focalisés sur les perturbateurs endocriniens. Ils sont en effet convaincus que certaines des substances contenues dans les plastiques représentent un véritable danger pour la santé des consommateurs, notamment les plus jeunes, sans que la preuve ait pu être réellement apportée. Portant ce combat, un député LREM a déposé un amendement en vue d’obtenir la fin des contenants en plastique, sans être persuadé de pouvoir séduire le gouvernement.

Du risque infiniment petit aux grosses questions

De telles suggestions, si elles expriment une véritable préoccupation pour la santé, sont quelque peu éloignées des enjeux de santé publique globaux. Ils ne seront cependant pas tous oubliés. Ainsi, le député Olivier Véran voudrait défendre une obligation de l’utilisation du logo informationnel Nutriscore dans toutes les publicités alimentaires, ce qui compte tenu de l’importance de la lutte contre les mauvaises habitudes alimentaires, représente un enjeu majeur de santé publique.

Enfin, dans la lignée du scandale Lactalis, les débats devraient s’intéresser au renforcement des contrôles sanitaires.

Aurélie Haroche

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