Be positive

Paris, le samedi 2 juin 2018 – Un côté suffisamment sulfureux pour attirer mais pas assez marqué pour inquiéter et l’intelligence qui paraît se dégager d’un grand nombre de sarcasmes offrent au cynisme un potentiel de séduction sans pareil. Parallèlement, celui qui s’empresse de trouver des excuses et qui surtout refuse d’étayer systématiquement les explications les plus sombres peut décevoir par sa bienveillance, trop vite assimilée à de la niaiserie. Pourtant, ne pas céder au cynisme est une rude bataille contre les autres, mais aussi contre soi-même, dans nos mondes où les paradoxes, les incompréhensibles et incompressibles bêtises et les folies ubuesques sont légions.

Réconcilier, la folle affaire

Cette difficulté, ce cap à maintenir en dépit des attaques multiformes, se lisent dans les yeux doucement tristes de Baptiste Beaulieu. Dans le regard de ce jeune médecin généraliste, dont l’aspect juvénile est immédiatement remarqué, on voit danser les souffrances qu’il ne sait comment partager et soulager, mais aussi les errances de notre monde et la lourde tâche de vouloir réconcilier. C’est pourtant celle qu’il s’est assigné en créant il y a quelques années le blog Alors Voilà. Il s’agissait d’en finir. En finir avec ces patients qui sur les réseaux sociaux se plaignent amèrement à longueur de posts de la maltraitance des professionnels de santé, de leur manque d’explication, de leur mépris. En finir avec ceux qui fustigent l’omnipotence et l’incompétence des praticiens, leur mépris et leur insuffisance. Avec ceux qui n’hésitent pas à revenir sur les rémunérations des praticiens, érigées comme la manifestation suprême de leur dualité, de leur complicité. Mais mettre également à distance les réflexes archaïques de ceux qui soignent et qui s’irritent contre des patients peu observant, exigeants et qui n’auraient pas conscience de leur responsabilité. Des patients qui dans le tourbillon ne sont parfois plus vus que comme des numéros qu’il faut traiter avant que leurs revendications ne brouillent le temps.

Inspiration

Alors Voilà, le blog du docteur Baptiste Beaulieu a pour sous-titre "Réconcilier les soignants et les soignés". Pour concourir à cette mission, Baptiste Beaulieu écrit. Il relaie le témoignage de tous. Ainsi, pendant l’été 2017, alors que le net voyait déferler des récits évoquant la maltraitance supposée des gynécologues obstétriciens, il publiait des dizaines de textes évoquant le soutien quotidien apporté chaque jour par les praticiens aux femmes enceintes, aux enfants, aux malades. Ce contre-courant est apparu comme un baume réparateur sur un lien blessé et pourtant essentiel et lui vaut aujourd’hui de figurer dans la liste des 100 Français "inspirants" de l’Express.

Ecrire pour se soigner

Médecin généraliste installé depuis 2016 dans la banlieue de Toulouse (sous son vrai nom qui n’est pas Beaulieu), Baptiste enchaîne les longues consultations et les nuits à écrire. Ecrire sur les patients qu’il a rencontrés, mais également composer des histoires fictionnelles autour de ce qui toujours le tenaille, le sens du métier de médecin, le rapport à l’autre qui sont les thèmes centraux de ses trois premiers romans et notamment du dernier La Ballade de l’enfant gris. Il ne s’agit pas d’une double vie, mais de deux fleuves qui s’abreuvent l’un l’autre et qui permettent au praticien parfois un peu trop sensible de rester à flot.

Piqûre de rappel

Mais, celui qui demande régulièrement à ses patients leur livre préféré ou leur lecture du moment, une façon d’oublier quelques instants l’odeur de la maladie, ne s’inscrit cependant pas dans le sillon des médecines douces ou alternatives. Au moment où le gouvernement annonçait sa décision de rendre onze vaccins obligatoires, le généraliste a défendu la pertinence d’une telle mesure dans une vidéo revenant point par point sur les allégations contre les vaccins. Toujours bienveillant, mais pas complaisant.

Aurélie Haroche

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