Bénéfices du sevrage tabagique chez le sujet âgé au niveau broncho-pulmonaire

G. PEIFFER(1)  J. PERRIOT (2) , M. UNDERNER (3)

1. CHR de Metz-Thionville
2. Dispensaire Émile-Roux, Clermont-Ferrand
3. CHU de Poitiers

Les personnes âgées, qui fument en général depuis très longtemps, sont bien plus exposées aux risques de complications broncho-pulmonaires, dont le cancer du poumon et la BPCO avec emphysème. Le sevrage est bénéfique à tout âge, et cela reste vrai même après 60 ans. Huit heures après la dernière cigarette, le taux de monoxyde de carbone (CO) revient à la normale, ce qui améliore immédiatement la capacité de transport en oxygène du sang. La fonction ciliaire va reprendre progressivement son fonctionnement à partir du 2e ou 3e jour. Après trois mois d’arrêt, on note une amélioration de la fonction respiratoire (1). Plus le sevrage tabagique est précoce, plus les bénéfices seront nets(2). Les risques de cancer du poumon et de BPCO étant surtout liés à la durée du tabagisme, l’arrêt du tabac chez les seniors n’est pas suivi d’une disparition totale des risques : il persiste un risque résiduel important avec une morbidité et une mortalité liées à ces maladies.

Dans l’asthme bronchique

25 % à 30 % des adultes asthmatiques fument, ce qui accélère la détérioration de la fonction respiratoire, accroît la fréquence et la sévérité des exacerbations, et diminue l’efficacité de la corticothérapie (3). L’aide à l’arrêt doit être proposée ; il est bénéfique avec diminution de la toux, des sifflements, et amélioration du VEMS (4). La prise en charge est efficace, fonction de la durée du suivi, avec une abstinence continue plus élevée si le suivi est long (supérieur à 8 semaines) (5).

Dans la BPCO

La Lung Health study a démontré que l’arrêt du tabac réduit le déclin du VEMS. Dans une cohorte de patients BPCO, dont la plupart sont des hommes d’âge moyen 64 ans, Abu Hassan (6) montre que les patients abstinents ont moins de symptômes respiratoires (toux, expectoration, dyspnée) que les fumeurs persistants (p 0,001). Mais même après l’arrêt du tabac, Lapperre (7) rappelle que chez la patient BPCO, l’inflammation bronchique persiste en grande partie, comme si elle s’était autonomisée.

Dans le cancer du poumon

Pour retrouver le risque de cancer d’un non-fumeur, la durée continue d’arrêt du tabac requise est d’environ 15 ans. Point positif : déjà 5 ans après la dernière cigarette, le risque de cancer du poumon a déjà diminué presque de moitié. En cas de cancer bronchique à petites cellules, le sevrage du tabac accroît la durée de survie, l’efficacité, la tolérance de la chimiothérapie et réduit la fréquence des récidives (8). Avant résection pulmonaire, il permet d’améliorer la fonction respiratoire, voire de limiter l’étendue de cette résection et favorise l’abstinence en postopératoire tout en diminuant le risque de récidive ou d’apparition d’un nouveau cancer (9,10). L’aide à l’arrêt du tabagisme doit être proposée aux fumeurs atteints de cancer bronchique motivés à l’arrêt. Divers travaux ont mis en évidence que la motivation et le taux d’arrêt lors du sevrage sont supérieurs chez ces patients par rapport à la population générale des fumeurs (11). Dans le cadre de la Conférence d’experts sur le tabagisme périopératoire, le sevrage du tabac peut améliorer la survie postopératoire, avec diminution des complications post-opératoires en particulier broncho-pulmonaires ; l’arrêt du tabagisme est recommandé de manière optimale 6-8 semaines avant l’intervention (12). Enfin, il est important de souligner le gain obtenu par le patient, sur le plan respiratoire, en termes de qualité de vie après l’arrêt du tabac et aussi sur les capacités fonctionnelles.

Références

1. Maguire CP et al. Do patient age and medical condition influence medical advice to stop smoking? Age Ageing 2000 ; 29(3) : 264-6.
2. Perriot J et al. Le sevrage tabagique des sujets âgés. Quelle prise en charge ? Repères en Gériatrie 2011 ; 14(117) : 2-6.
3. Polosa R, Thomson NC. Smoking and asthma: dangerous liaisons. Eur Respir J 2013 ; 41(3) : 716-26.
4. Chaudhuri R et al. Effects of smo king cessation on lung function and airway inflammation in smokers with asthma. Am J Respir Crit Care Med 2006 ; 174 : 127-133.
5. Gratziou Ch. Smoking cessation effectiveness in smokers with COPD and asthma under real life conditions. Respir Med 2014 ; 108 : 577583.
6. Abu Hassan H et al. Does the duration of smoking cessation have an impact on hospital admission and health-related quality of life amongst COPD patients? Int J Chron Obstruct Pulmon Dis 2014 ; 9 : 493-8.
7. Lapperre TS et al. Smoking cessation and bronchial epithelial remo delling in COPD: a cross-sectional study. Respir Res 2007 ; 8 : 85.
8. Johnston-Early A et al. Smoking abstinence and small cell lung cancer survival. An association. JAMA 1980 ; 244(19) : 2175-9.
9. Mennecier B, Quoix E. Le cancer bronchique chez la femme. Lett Pneumol 2005 ; 8 : 7-20.
10. Dresler CM. Smoking cessation and lung cancer resection. Chest 1996 ; 110(5) : 1199-202.
11. Dautzenberg B. Traiter le tabagisme : une priorité en cancérologie pulmonaire. Rev Pneumol Clin 2004 ; 60 : 308-11.
12. http://www.sfar.org/_docs/articles/151-Tabagisme%20p%C3%A9riop%C3%A9ratoire-dossier%20de%20presse.pdf

Copyright © Len medical, OPA pratique, avril 2016

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