Bien que rappelés à l’ordre, les médecins intérimaires durcissent le ton !

Paris, le mercredi 6 juin 2018 – Les difficultés de recrutement de certains établissements hospitaliers sont telles que pour eux les médecins intérimaires sont devenus irremplaçables. Il est en effet aujourd’hui impossible d’assurer la continuité de nombreux services sans le recours à ces praticiens. Cependant, cette méthode, qui n’est pas toujours optimale pour assurer une parfaite qualité des soins, est extrêmement coûteuse et ne fait que grever d’avantage des budgets déjà fragiles, notamment quand une certaine surenchère s’exerce. Aussi, les pouvoirs publics ont tenté de réguler la situation en imposant des plafonds de rémunération : depuis le 1er janvier, une garde de 24 heures ne peut plus être rémunérée au-delà de 1 404,05 euros brut. En 2019, ce plafond ne pourra dépasser 1 287,05 euros et s'abaissera à 1 170,04 euros en 2020.

Durcissement

Cette mesure est abondamment critiquée par le tout nouveau Syndicat national des médecins remplaçants en hôpitaux (SNMRH). Après avoir publié une liste "noire" des hôpitaux qui appliquent les nouvelles règles, afin de dissuader les praticiens intérimaires de les choisir, l’organisation demande désormais « à tous ses adhérents et sympathisants de refuser de remplacer dans tous les hôpitaux qui appliquent le décret 2017-1605, à compter du 15 juin 2018 » indique-t-elle dans un communiqué. Le syndicat indique également qu’il poursuivra tous les centres qui se risqueraient à engager des praticiens non habilités à effectuer des remplacements. Ce durcissement est lié au refus d’Agnès Buzyn d’entendre les revendications des médecins intérimaires qui contestent la diminution de leur rémunération de 40 % en trois ans et refusent d’être désignés comme les responsables des difficultés budgétaires des hôpitaux.

Une attitude jugée peu déontologique

Le ministre de la Santé a choisi cependant pour l’heure de ne pas répondre à ces récriminations, qui font l’objet d’un "chantage", qu’elle réprouve et auquel elle appelle à ne pas céder. L’Ordre des médecins s’est également montré critique vis-à-vis de la méthode employée par le SNMRH.

« Le manque d’attractivité de la carrière de praticien hospitalier est parfaitement connu des professionnels et des pouvoirs publics depuis des années. De vingt à vingt-cinq pour cent des postes ne seraient pas pourvus, ce qui conduit un nombre important d’hôpitaux à recourir aux médecins intérimaires pour assurer leurs missions de service public. Cette situation, que l’Ordre déplore, ne saurait justifier que des médecins qui depuis des années prêtent leur concours aux établissements hospitaliers engagent, sans tenir compte des conséquences de leur prise de position, des actions susceptibles par exemple d’annuler des journées opératoires programmées parfois de longue date. Ces comportements, peu soucieux du devoir d’humanité envers les patients, sont susceptibles de nuire à leur prise en charge et déconsidèrent la profession » écrit l’instance ordinale.

Reste à savoir si ces remontrances auront un impact sur la colère exprimée par le SNMRH et si face à cette fronde certaines directions hospitalières ne seront pas tentées de remettre à plus tard l’application du décret.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Interim : qui a déterré la hache de guerre ?

    Le 06 juin 2018

    Le chantage exercé de toutes part sur les médecins intérimaires est inadmissible. Un consensus s’était, depuis des années, établi entre l’offre tarifaire des médecins intérimaires et la demande des hôpitaux. Qui a décidé d’amputer de plus de 40% le juste salaire d’un médecin intérimaire qui ne bénéficie ni de congés annuels, ni de RTT, ni de congé post garde, ni de congé formation, ni de prime, ni d’indemnité de précarité, ni de décompte horaire pendant leurs trajets aller et retour qui peuvent prendre une journée à l’aller comme au retour ?
    Alors ça suffit ! Rendez la carrière hospitalière attractive et vous pourrez vous passer des médecins intérimaires.

    Dr Maxime Neveu

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