Bioprothèses aortiques : quel devenir à long terme ?

On dispose de peu de données sur le devenir clinique des patients qui ont bénéficié du remplacement chirurgical de leur valve aortique par une bioprothèse ; pareillement, on manque d’information sur l’incidence de la dégénérescence au long cours de la structure de ces bioprothèses.

C’est ce qui a conduit Rodriguez-Gabella et coll. à tenter de déterminer, dans une cohorte actuelle de patients consécutifs non sélectionnés qui avaient bénéficié du remplacement chirurgical de leur valve aortique par une bioprothèse, l’évolution clinique à long terme et le devenir de la bioprothèse apprécié sur des critères échocardiographiques.

L’étude a porté sur 672 patients consécutifs (âge moyen : 72 ± 8 ans; hommes : 61,5 %) qui ont eu un remplacement aortique par bioprothèse entre 2002 et 2004.

Les échocardiographies à l’état basal et postopératoires ont été obtenues pour 624 patients qui ont quitté l’hôpital vivants et pour 209 patients à la 10e année de suivi (soit chez 87 % des patients à risque).

La dégénérescence de la bioprothèse était étiquetée infra-clinique devant une augmentation > 10 mm Hg du gradient transvalvulaire moyen associée à une diminution > 0,3 cm² de la surface de la valve et/ou à l’apparition d’une insuffisance aortique minime ou moyenne.

La dégénérescence de la bioprothèse était dite cliniquement significative devant une augmentation > 20 mm Hg du gradient transvalvulaire moyen associée à une diminution > 0,6 cm² de la surface de la valve et/ou à l’apparition d’une insuffisance aortique moyenne à sévère.

Au cours d’un suivi moyen de 10 ans (5 à 13 ans), 432 patients (64,3 %) sont décédés.

Dégénérescence de la prothèse infraclinique dans un tiers des cas et significative pour 6,6 % des patients

Un âge plus avancé, une dysfonction ventriculaire gauche, une fibrillation atriale, une bronchopathie chronique obstructive, un indice de masse corporelle élevé ont été trouvés associés à une augmentation de la mortalité (p < 0,05 pour chacun de ces facteurs).

Une dégénérescence cliniquement significative de la bioprothèse est survenue chez 6,6 % des patients ; une dégénérescence infra-clinique de la bioprothèse a été reconnue chez 30,1 % des patients.

Un indice de masse corporelle plus élevé et l’utilisation d’une bioprothèse aortique spécifique étaient associées de façon indépendante à une dégénérescence cliniquement significative de la bioprothèse (p < 0,05 pour les 2 facteurs) et 83 % de ces patients ont dû subir une réintervention sur la valve aortique (réintervention qui consistait, pour 44 %, en un remplacement transcatheter valve-in-valve).

Les résultats de cette étude fournissent des données cliniques réelles obtenues au cours d’un suivi à long terme des bioprothèses aortiques et sur l’incidence d’une dégénérescence infra-clinique de ces bioprothèses implantées chirurgicalement. La mortalité à 10 ans des patients âgés traités par la mise en place chirurgicale d’une bioprothèse aortique est très élevée ; elle est essentiellement liée à l’âge plus avancé et à la présence de co-morbidités. La dégénérescence cliniquement significative de la bioprothèse aortique est rare mais une dégénérescence infra-clinique de la bioprothèse a été notée chez un tiers des patients.

Dr Robert Haïat

Référence
Rodriguez-Gabella T et coll. : Long-Term Outcomes Following Surgical Aortic Bioprosthesis Implantation. J Am Coll Cardiol., 2018; 71: 1401–12.

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