Blocage androgénique par intermittence

Le blocage androgénique complet doit-il nécessairement être continu chez les patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique ? Ou ce blocage peut-il être intermittent ? Une récente étude européenne se penche sur cette question, avec comme objectif principal la survie globale de deux groupes de patients, l’un sous traitement continu, l’autre sous traitement intermittent.

Les patients recrutés avaient tous un adénocarcinome de la prostate métastatique avec un PSA supérieur à 20 ng/mL et suivaient tous pendant 6 mois le même traitement de leuproréline (3,75 mg en sous-cutanée tous les 28 jours) et de flutamide (750 mg par jour). A l’issue de cette période, étaient exclus les patients dont le taux de PSA était supérieur à 4 ng/mL et ceux ayant une progression clinique de leur cancer.

Les patients restants étaient alors randomisés en deux groupes, les uns poursuivant le traitement en continu (n=83), les autres par intermittence (n=86). Ces derniers ne recevaient le traitement que quand leur taux de PSA dépassait la valeur de 10ng/mL ou en cas de progression clinique. Le traitement était alors réintroduit pour au moins 3 mois et arrêté quand le PSA repassait en dessous de 4ng/mL, et ainsi de suite. Tous les 3 mois les patients étaient examinés, et le PSA et la testostérone étaient dosés. L’étude a été menée de décembre 1996 à décembre 2005 dans 66 centres européens. A la fin de l’étude, 97 patients étaient décédés. Les patients sous blocage intermittent ont été traités pendant environ 15 cycles, et chaque cycle a duré en moyenne 347 jours, mais avec des intervalles libres de plus en plus courts entre les cures au fur et à mesure de l’avancée de l’étude.

Au total, les auteurs ne relèvent aucune différence dans la survie globale des deux groupes. Les critères secondaires, survie sans progression et appréciation de la qualité de vie sont identiques quelles que soient les modalités de traitement. Toutefois, la récupération d’une testostéronémie normale est meilleure dans le groupe de traitement intermittent, et les effets secondaires comme les bouffées de chaleur sont plutôt moins fréquents dans ce groupe. Le risque d’ostéoporose n’est pas diminué par l’intermittence du traitement, il faudrait pour cela que les arrêts de traitement soient très prolongés, ce qui n’est pratiquement jamais possible pour ces patients métastatiques.

Le blocage androgénique intermittent ne fait donc pas moins bien que le traitement en continu. Il est pourtant illusoire pour le moment d’étendre ce type de protocole qui ne concerne qu’une minorité de patients et nécessite un duo patient-médecin parfaitement motivé.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Mottet N : Cancer de prostate métastatique : comparaison prospective randomisée d’un traitement hormonal continu ou intermittent. 103ème Congrès français d’urologie - Paris – 18 au 21 novembre 2009.

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