Bonne nouvelle : la baisse de la pollution particulaire aurait contribué à l’augmentation de l’espérance de vie

Contrairement à une idée reçue, sur certains critères essentiels, la qualité de l’air s’est nettement améliorée ces dernières décennies dans les pays occidentaux. C’est ainsi que des réglementations de plus en plus contraignantes portant sur les émissions de microparticules produites par l’utilisation de combustibles fossiles ont permis une diminution importante de la concentration aérienne en microparticules de moins de 2,5 µm de diamètre aérodynamique ( PM2,5 ).

Ces particules fines, émises en particulier par les moteurs diesel, ont largement démontré leur nocivité sur les systèmes pulmonaires et cardiovasculaires dans plusieurs études de cohortes. Il restait l’étape la plus difficile à franchir en épidémiologie, démontrer que la réduction de ce facteur de risque était favorable à la santé. Faute bien sûr de pouvoir se livrer à un essai comparatif randomisé, des chercheurs américains ont tenté de corréler les améliorations temporelles de la qualité de l’air à l’augmentation de l’espérance de vie.

51 zones métropolitaines scrutées depuis la fin des années 70

Pour ce faire, ils ont compilé des informations portant sur 211 comtés de 51 zones métropolitaines des Etats-Unis d’une part à la fin des années 70 et au début des années 80 et d’autre part à la fin des années 90 et au début des années 2000. Pour chaque comté et chaque période, C Arden Pope et coll. disposaient de la concentration atmosphérique moyenne en particules PM2,5, de l’espérance de vie et de divers autres facteurs socio-économiques et démographiques (revenu par tête, niveau éducatif, pourcentage d’émigrés, d’afro-américains, de sujets originaires d’Amérique latine, de personnes habitants en ville, mortalités par cancer du poumon et par bronchopathie chronique obstructive [considérées comme des indicateurs de la consommation de tabac]).

Première constatation, au cours de ces deux décennies, en moyenne dans les 211 comtés, la concentration en PM2,5 est passée de 20,61 µg/m3 à 14,10 µg/m3 tandis que l’espérance de vie augmentait de 2,72 ans.

Deuxième constatation, on retrouvait lors des deux périodes d’observation une relation inverse entre le niveau de pollution en PM2,5 de chaque région et l’espérance de vie qui y était mesurée, les zones les moins polluées ayant l’espérance de vie la plus longue. De plus d’une période à l’autre, il existait une corrélation entre l’accroissement de l’espérance de vie dans une région donnée et la diminution de la pollution. 

Mais on notait, tant dans la comparaison inter régions que dans la comparaison inter périodes une grande dispersion des résultats de part et d’autre de la droite de régression ce qui confirmait (si il en était besoin !) que la pollution atmosphérique n’était pas le seul facteur influençant les variation d’espérance de vie entre les régions et entre les périodes d’observation.   

Peut-on mesurer précisément l’impact de la réduction de la pollution ?

Les auteurs ont alors mis au point plusieurs modèles de régression tenant compte de diverses variables socio-économiques et démographiques. A partir des calculs très complexes qui ont suivi, ils estiment qu’une diminution de 10 µg/m3 de la concentration atmosphérique en PM2,5 est responsable d’une augmentation de l’espérance de vie de 0,61 ans (p=0,004). Dans les faits, la baisse moyenne de la concentration en PM2,5 constatée qui est de 6,52 µg/m3 aurait contribué à une augmentation de l’espérance de vie de 0,4 an.

Selon ces mêmes calculs, la réduction de la pollution en microparticules ces 20 dernières années serait responsable de 15 % de l’accroissement de l’espérance de vie.

La précision de ces chiffres et la complexité des outils statistiques utilisés a bien sûr de quoi impressionner mais elle ne doit pas nous empêcher de conserver un esprit critique. Et de nous rappeler que les multiples variables impliquées dans des modifications de l’espérance de vie sont fortement intriquées entre elles et que les facteurs de confusion sont difficiles à identifier dans ce domaine.

Cette étude, qui va dans le même sens qu’une abondante littérature, est cependant un argument supplémentaire pour penser que la lutte contre la pollution par les microparticules a bien des répercussions positives en terme de santé publique et qu’elle doit, malgré la crise économique, demeurer une priorité.

Dr Céline Dupin

Référence
Pope C A et coll. : Fine-particulate air pollution and life expectancy in the United States. N Engl J Med 2009; 360: 376-86.

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