Bourgeonnement tumoral : une pièce indispensable à verser au dossier des tumeurs colorectales pT1 et de stade II

Le « tumor budding » (bourgeonnement tumoral) est défini comme la présence, au niveau du front d’invasion de la tumeur, de cellules isolées ou groupées en petits amas de 4 cellules tumorales au maximum se détachant du reste de la tumeur. Cette caractéristique morphologique, qui s’observe dans un grand nombre de cancers colorectaux, est considérée comme la traduction morphologique du phénomène de transition épithélio-mésenchymateuse, étape-clé dans le processus d’invasion tumorale et dans la dissémination métastatique. Au cours de ces dernières années, le « tumor budding » est clairement apparu comme un biomarqueur de la progression tumorale et un facteur pronostique péjoratif dans le cancer colorectal, en particulier de stade T1 et de stade II (sans métastase ganglionnaire donc) pour lequel il est un marqueur indépendant de la survie. Raison pour laquelle la Conférence Internationale de Consensus sur le Tumor Budding (ITBCC) a proposé d’inclure ce critère pour porter l’indication d’un traitement adjuvant. Elle a aussi reconnu le tumor budding en tant que prédicteur indépendant de métastase lymphatique en cas de cancer pT1 car il est un facteur de progression tumorale. Diverses études ont montré par ailleurs une bonne corrélation entre ce qui est retrouvé dans les biopsies pré-opératoires et la pièce de résection. De plus, l’absence de bourgeon en préopératoire offre une bonne probabilité de réponse pathologique complète après la résection.

Un score clair

Toutes les études vont dans le même sens, à savoir la reconnaissance du « tumor budding » en tant que facteur de risque indépendant de métastases en cas de cancer colorectal pT1, le risque de métastases ganglionnaires étant multiplié par un facteur allant de 5,1 à 6,44 selon les méta-analyses. En cas de cancer de stade II, elle est prédictive de la survie sans progression (OR [odds ratio] = 4,94), du risque de récurrence (OR = 5,5) et de décès lié au cancer (OR = 4,51). Enfin, plus le tumor budding est important (on lui reconnaît 3 stades : Bd1 ou faible = 0-4 bourgeons ; Bd2 ou intermédiaire = 5-9 bourgeons et Bd3 ou élevé = >10 bourgeons/0,785mm²) et plus les risques sont élevés. Par ailleurs, ce score est indépendant du grade de la tumeur. Cela dit, d’autres scores peuvent être utilisés parallèlement au tumor budding : le score tumoral microenvironnemental (TMS), l’Immunoscore ou encore le taux de lymphocytes infiltrant la tumeur (TILS) qui, en association, avec le tumor budding permettent d’affiner le diagnostic.

Affiner les pratiques

Cependant, il apparaît que les méthodes de détermination et de quantification du « tumor budding » varient considérablement d’une étude à l’autre, notamment par l’aire topographique de l’analyse, le nombre de champs microscopiques examinés et leur taille : grossissement par 20 ou 40) ou encore les méthodes d’évaluation (semi-quantitative, quantitative avec cutoffs, scores continus), mode de coloration. C’est pourquoi un effort important doit être fait, de la part des pathologistes, avant d’inclure ce critère dans la décision thérapeutique pour les malades atteints de cancer colorectal. Les règles de l’ITBCC sont claires à ce propos autant en termes de champ à utiliser, que de coloration (hématoxyline-éosine), de nombre de champs à étudier avant de trouver un ‘hotspot’ dans le front invasif de la tumeur, et de traduction du nombre de bourgeonnements reconnus à l’objectif 20 en nombre par 0,785mm².

Pour faciliter la tâche des pathologistes, plusieurs experts proposent de réaliser d’abord un examen à grossissement moyen (x10) et d’identifier ainsi la zone où les bourgeonnements sont les plus denses avant d’effectuer un comptage dans cette zone au grossissement 20.

Il existe certaines situations dans lesquelles le score n’a pas d’intérêt : en cas de morphologie purement mucineuse de la tumeur, en cas de morphologie purement liée à la présence de cellules en bague à châton, et après traitement néoadjuvant.

L’expérience de l’observateur est in fine la meilleure garantie de la pertinence de son examen et il est bon de la connaître. Quoi qu’il en soit, ce score utile mais imparfait demande encore à être amélioré : faut-il y ajouter un test en immunohistochimie (en particulier en cas de tumeur très ‘colorée’), faut-il garder le cut-off des 3 scores ou mentionner en chiffres absolus le nombre de bourgeons (9 bourgeons diffèrent-ils le pronostic de 11 bourgeons) ? La mesure pourra-t-elle être automatisée fiablement ?

L’ITBCC réfléchit à tous ces items.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
Lugli A. Tumor budding in colorectal cancer. Demetter P. Applicability of tumor budding in daily practice. 31st Belgian Week of Gastroenterology (Anvers) : 20-22 février 2019.

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