BPCO avec fonte musculaire : que peuvent apporter les compléments nutritionnels ?

La sévérité d’une bronchopneumopathie obstructive (BPCO) ne s’apprécie pas seulement sur la détérioration de la fonction respiratoire. En effet, la maladie retentit sur d’autres fonctions et structures de l’organisme, notamment sur les muscles périphériques. À la faiblesse musculaire d’aggravation progressive, peut succéder une fonte musculaire qui altère le pronostic fonctionnel et peut compromettre le succès de la réhabilitation respiratoire. À cet égard, une intervention nutritionnelle, commencée avant cette dernière, offre-t-elle des perspectives réelles en termes d’efficacité et de rapport coût-efficacité ?
C’est à cette question que répond un essai contre placebo, le NUTRAIN trial, dans lequel ont été inclus 81 patients atteints d’une BPCO avec fonte musculaire (dont 51 % de sexe masculin ; d’âge 62,5 ± 0,9 ans). À l’état basal, il existait un syndrome obstructif modéré (VEMS 55,1 ± 2,2 % de la valeur prédite) et une diminution de la tolérance à l’effort (Wmax 63,5 ± 2,4 % de la valeur prédite).

En premier lieu, deux groupes ont été constitués par tirage au sort. Le premier groupe « nutrition » a reçu trois portions quotidiennes de compléments nutritionnels enrichis en leucine, vitamine D et acides gras polyinsaturés. Le second groupe « placebo » a reçu trois portions journalières d’un produit placebo. Pendant cette période, les deux groupes bénéficiaient d’un programme d’exercices physiques. A cette première phase menée à double insu pendant 4 mois, a succédé une période de 8 mois, menée cette fois-ci en ouvert, pendant laquelle les participants des deux groupes ont été informés de manière structurée sur leur niveau d’activité physique, évalué par accélérométrie. De plus, dans le groupe « nutrition », une portion de supplément nutritionnel a été ajoutée et des conseils diététiques ont été délivrés lors de quatre sessions. Une 3e phase de suivi de 3 mois a clôturé l’étude.

En complément de la réhabilitation respiratoire

Au terme de 12 mois, la capacité physique, évaluée à partir de la force du quadriceps et la durée d’un effort sur bicyclette ergométrique, étaient comparables dans les deux groupes. Cependant, le niveau d’activité physique était plus élevé dans le groupe « nutrition »  (Δ 1 030 pas/jour, p = 0,025). Les concentrations plasmatiques de nutriments enrichis étaient, sans surprise, plus hautes dans le groupe traité (p<0,001 versus placebo).
Les patients du groupe « nutrition » ont aussi pris du poids, alors que ceux du groupe « placebo » ont plutôt maigri (Δ 1,54 kg, p = 0,041). Les scores d’anxiété et de dépression ne se sont améliorés que dans le groupe « nutrition » (HADS : Δ -1,92 points, p = 0,037). La qualité de vie (EQ-5D) n’a, pour sa part, diminué que dans le groupe « placebo », sans varier dans l’autre groupe, la différence intergroupe au 15e mois étant de 0,072 points (p = 0,009). La motivation pour l’effort et une alimentation de qualité s’est maintenue tout au long de l’étude. Le rapport coût/efficacité de l’intervention nutritionnelle a été jugé acceptable, le coût par QALY (quality-adjusted life-year) au terme de 15 mois de suivi ayant été estimé à 16 750 euros.

La BPCO, même modérée, peut conduire à une fonte musculaire progressive plus ou moins marquée. Une intervention nutritionnelle prolongée d’au moins 12 mois, n’augmente pas la capacité physique après entraînement, mais elle améliore l’activité physique et la qualité de vie, tout en augmentant la motivation et le poids corporel, au prix d’un coût acceptable.

Dr Philippe Tellier

Référence
Van Beers M et coll. Clinical outcome and cost-effectiveness of a 1-year nutritional intervention programme in COPD patients with low muscle mass: The randomized controlled NUTRAIN trial. Clin Nutr 2019. Publication avancée en ligne le 18 mars. doi: 10.1016/j.clnu.2019.03.001.

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Vos réactions (1)

  • Renseignement pratique

    Le 22 mai 2019

    Où trouve t-on ce produit? Est il dans le commerce, est il remboursable ?

    Dr Simone Benedite

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