Café et dysfonction érectile : de nouvelles données…

La consommation raisonnable de café est investie de vertus thérapeutiques ou supposées telles dans certaines maladies chroniques, selon des études relativement concordantes, encore que l’unanimité ne soit pas faite sur ce point. Il en va bien autrement pour diverses affections urologiques, au premier rang desquelles figure notamment la dysfonction érectile (DE). Au cours de ces dernières années, la presse grand public et les autres médias n’ont pas été avares en titres suggestifs : « le café est-il un ami de l’érection ? » « Du café pour réduire les troubles de l'érection ? » etc. Ce sont notamment les résultats de l’étude NHANES publiée dans PloS ONE en 2015 qui ont été à l’origine de cette vague déferlante. A y regarder de plus près, si cette étude pouvait encourager la consommation de 2 à 3 tasses de café par jour pour éviter la DE, sa méthodologie était loin d’être imparable et elle suscitait plus d’hypothèses que de certitudes, d’autant que d’autres études antérieures avaient abouti à des résultats inverses.

Plus de 21 000 hommes suivis prospectivement

Bref, une situation qui est loin d’être parfaitement limpide, si l’on procède à une revue de la littérature internationale de ces dernières années, au point qu’il reste de la place pour d’autres études épidémiologiques, telles la Health Professionals Follow-Up Study qui a permis d’analyser de manière prospective les données recueillies chez 21 403 hommes âgés de 40 à 75 ans, tous professionnels de santé.

C’est la méthode des questionnaires de fréquence de consommation de divers aliments qui a été choisie pour évaluer l’exposition au café sous toutes ses formes. Pour ce qui est de la DE, ce sont également des questionnaires, remplis en 2000, 2004 et 2008 qui ont permis de la détecter et d’évaluer sa sévérité autant que sa persistance. Une analyse multivariée des risques proportionnels selon le modèle de Cox, avec ajustements multiples en fonction des facteurs de confusion potentiels, a été appliquée aux données pour calculer les risques de DE selon la consommation de café au long cours, en fait les hazard ratios (HRs) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC95).

Caféine : pas d’incidence sur le risque de DE…

La fréquence de la DE a été estimée à 34 % (7 298/21403). La comparaison entre gros buveurs de café  (≥4 tasses/jours) et non buveurs n’a abouti à aucune différence significative quant au risque de DE (HR [Hazard Ratio] = 1,00, IC95 de 0,90 à 1,11) et il en a été de même pour les consommateurs réguliers (HR = 1,00 ; IC95 de 0,89 à 1,13). En revanche, et contrairement à toute attente, la consommation de décaféiné a été associée au risque de DE : la même comparaison que pour le café non décaféiné a ainsi abouti à un HR de 1,37 (IC95 de 1,08 à 1,73), avec un p = 0,02. Les analyses par stratification ont retrouvé cette association chez les fumeurs (p = 0,005).

Les résultats de cette étude prospective sont moins optimistes que ceux de NHANES publiés en 2015. En effet, il semble que la consommation totale de café au long cours, toutes formes confondues, n’affecte pas le risque de DE. Cette neutralité tranche avec le bénéfice allégué par certaines études et l’effet néfaste suggéré par d’autres. Le bémol qu’introduit la consommation de décaféiné n’est guère convaincant, au point de mériter confirmation avant tout questionnement. De facto, ces enquêtes épidémiologiques qui reposent sur des auto-questionnaires exposent à des marges d’incertitude confortables qui semblent suffisantes pour expliquer les discordances notoires actuelles. A ce jour, la caféine ne semble jouer qu’un rôle mineur dans les troubles de l’érection (incluant le DE) jusqu’à preuve du contraire et cette étude va dans le sens de cette hypothèse.

Dr Philippe Tellier

Référence
Lopez DS et coll. Coffee Intake and Incidence of Erectile Dysfunction. Am J Epidemiol 2018 ; 187(5) : 951-959.

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