Cancer du sein et Covid-19, encore un sujet d’inquiétude

La crainte d’une saturation des services hospitaliers par les malades atteints de la Covid-19 a conduit à limiter la prise en charge des autres pathologies, dont le cancer du sein (KS). Il y a ainsi eu une raréfaction des mammographies et échographies, tant de dépistage que de diagnostic, mais aussi des consultations chirurgicales sur ce sujet et des consultations de conseil génétique. Tout ceci est susceptible d’aboutir dans un proche avenir, à une baisse drastique des KS dépistés à un stade précoce avec des conséquences dramatiques. Une équipe de Boston ont cherché à préciser les effets de la Covid-19 sur la prise en charge du KS aux États-Unis.

Ces auteurs ont ainsi recueilli les données d’une société d’évaluation des risques (ER) enregistrées de février à avril 2020 dans 27 États. Ces données ont servi d’indicateur de l’utilisation de trois « opérateurs » dans la lutte contre le cancer du sein, les centres d’imagerie mammaire, les chirurgiens mammaires et les généticiens. Il faut souligner que les ER d’imagerie sont différentes selon que la patiente est suivie pour un KS ou pour un dépistage ; il en est de même en chirurgie et en génétique où ce sont essentiellement les nouvelles patientes qui sont soumises aux ER. Le point de départ de l’étude a été la semaine qui a été le théâtre d’une chute de ≥ 15 % des ER par rapport à la semaine précédente.

Un très net recul du dépistage

En termes d’imagerie, c’est dans la semaine du 15 mars qu’on a constaté une diminution de 52 % des demandes de mammographie (de 25 000 à 12 170).

Ce repli n’a fait que se confirmer les semaines suivantes avec une baisse moyenne hebdomadaire de 62 %, jusqu’à 1 355 mammographies en avril (soit 94 % de moins), et ceci dans tous les États étudiés.

En ce qui concerne la chirurgie, on a assisté à une réduction comparable, la semaine du 8 mars affichant un déclin de 18 % des consultations (de 880 à 720) puis de 20 % en moyenne pour arriver à un nadir de 340 en avril, cette chute concernant cependant majoritairement la pathologie non cancéreuse du sein.

Les mêmes constatations ont été faites pour les consultations génétiques, dont la fréquence a décru de 29 % dans la semaine du 15 mars, et a connu un recul de 60 % en avril par rapport à la période pré-pandémique.

Le virus a donc influencé négativement la prévention, le dépistage, le diagnostic et le traitement du cancer du sein.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Yin K et coll. : Breast imaging, breast surgery, and cancer genetics in the age of covid-19. Cancer 2020; 126(20): 4466-4472.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article