Cancers de la tête et du cou : faut-il aller plus loin que l’ESPEN ?

Les personnes atteintes d’un cancer de la tête et du cou ont un risque très élevé de perte de poids. Celle-ci est souvent déjà présente au moment du diagnostic, avant même l’initiation du traitement (entre 30 % et 49 % des patients ont une perte de poids supérieure à 5 % au moment du diagnostic) et elle s’aggrave pendant celui-ci (44 % à 88 % des patients ont une perte de poids cumulée égale ou supérieure à 20 %). La perte musculaire chez ces patients est associée à une interruption prématurée du traitement pour cause de toxicité, à un pronostic plus péjoratif et une altération de la qualité de vie.

Plusieurs travaux ont été menés pour définir les apports énergétiques nécessaires et pour éviter la perte de poids chez ces patients. La Société européenne pour la nutrition parentérale et entérale (ESPEN) a établi des référentiels précisant les apports nécessaires en énergie, protéines et micronutriments. L’ESPEN recommande, pour ces patients, des apports énergétiques de 25–30 kcal/kg/jour et des apports protéiques de 1,0–1,5 g/kg/jour.

Une équipe canadienne a entrepris d’évaluer ces recommandations. L’objectif était de comparer les apports nutritionnels au moment du diagnostic et à la fin du traitement, et les modifications musculaires et tissulaires survenant pendant le traitement, identifiés par scanner avant et après traitement. L’objectif secondaire était d’établir si les recommandations de l’EPSEN permettaient d’éviter la perte de poids et la perte de masse musculaire squelettique. Au total, 41 patients atteints d’un cancer de la tête et du cou ont été inclus, majoritairement des hommes (n = 32).

Une perte musculaire importante 

L’étude confirme une perte de poids moyenne des patients de 8 % après 6 à 8 semaines de traitement. Pour rappel, l'ESPEN estime que l'on peut parler de dénutrition dès que la perte de poids dépasse 5 % en 6 mois.

L’indice musculaire squelettique diminue, quant à lui, en moyenne de 5,7 % en 3 mois. Les auteurs attestent que la perte musculaire est corrélée avec une réduction des apports énergétiques, mais elle persiste quand les apports recommandés dans les référentiels de l’ESPEN sont respectés. En revanche, elle se réduit avec des apports supérieurs (> 30 kcal/kg/jour). Il apparaît aussi qu’une masse grasse supérieure au moment du diagnostic est associée à une perte plus importante de muscles squelettiques, point qui nécessiterait selon les auteurs un complément d’exploration.
 
Selon l’ESPEN, la déplétion protéique, avec ou sans perte de tissu adipeux, est le principal élément de la dénutrition au cours du cancer. Le taux de survie après un cancer de la tête et du cou étant en augmentation, il faut bien admettre qu’une perte musculaire de la magnitude retrouvée ici, qui est somme toute relativement fréquente, peut être difficile à restaurer, particulièrement chez les personnes âgées et que sa prise en charge nécessite une approche multifactorielle incluant, non seulement l’alimentation, mais aussi le maintien d’une activité physique.
 

Dr Roseline Péluchon

Référence
Mc Curdy B et coll. : Meeting Minimum ESPEN Energy Recommendations Is Not Enough to Maintain Muscle Mass in Head and Neck Cancer Patients. Nutrients. 2019 nov 12 ; 11 (11).

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