Candidémies en pédiatrie, presque toujours liées à une comorbidité

La candidémie est la plus fréquente des infections fongiques systémiques en pédiatrie mais elle demeure rare avec une incidence de 0,81 à 10,5/1 000 admissions hospitalières, plus élevée avant l’âge de un an que chez les enfants plus âgés. La tendance à l’implication croissante d’espèces non albicans observée chez l’adulte n’a pas été encore été établie en pédiatrie. Les études publiées sont limitées à des groupes à risques mais non basées sur l’ensemble de la population.

Une étude portant sur l’ensemble du Danemark (population d’environ 5 600 000) a été réalisée pour la période 2004 à 2014. Les cas de candidoses systémiques ont été identifiés au sein d’un réseau de surveillance actif à partir du laboratoire national de référence en mycologie.

L’exhaustivité a été contrôlée par la collaboration des laboratoires de microbiologie hospitaliers et la participation des pédiatres locaux a été assurée pour le recueil des données cliniques.

Sur la période de 11 ans, 153 patients avec 158 épisodes de candidémie ont été identifiés (un épisode poly-fungique, 5 enfants avec 2 épisodes de candidémie). Les données cliniques ont pu être obtenues pour 145 épisodes (92 %): 35 nouveau-nés (24 %), 57 nourrissons (> 28 jours, 39 %) et 53 enfants de 3-15 ans (37 %). L’âge médian des patients hors période néonatale était à 2 ans (intervalle interquartile 0-6 ans). Par année, le nombre de cas a varié de 15 à 18 ; l’incidence stable dans le temps était à 1,3/105 de la population, 10,2/105 pour les enfants de moins d’un an, 0,8/105 de un à 15 ans.

Augmentation du nombre de souches résistantes au fluconazole

De 2004-2009 à 2010-2014, la proportion de Candida albicans a diminué de 74,4 % à 64,7 % au profit de C. parapsilosis (19,7 % des nourrissons, 14,7 % des plus âgés en 2004-2009) de C krusei et C glabrata (25 % des plus âgés en 2010-2014). La résistance au fluconazole a augmenté de 7,8 % à 17,7 %.

Presque tous les patients (98,6 %) avaient une maladie sous-jacente ; prématurité (71 % de moins de 32 semaines), hospitalisation en soins intensifs, septicémies, nutrition parentérale totale, ventilation mécanique étaient les facteurs les plus fréquents chez les nouveau-nés, leur implication diminuant avec l’âge. Les morbidités multiples étaient communes (43,5 % ≥ 2 pathologies). Avant 3 ans, les malformations cardiaques et les maladies gastro-intestinales étaient plus prévalentes ; les taux de cancers et maladies hématologiques atteignaient 19 % et 40 % chez les enfants les plus âgés. Le taux de mortalité globale en 30 jours atteignait 10,2 %, plus élevé pour les nouveau-nés (17,1 %), en augmentation de 2004 à 2014 chez les enfants les plus âgés (27 % en 2010-2014).

Cette étude confirme l’incidence plus élevée des candidémies chez les nouveau-nés, l’importance des comorbidités à tous les âges pédiatriques et l’augmentation des souches résistantes au fluconazole.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Lausch KR et coll. : Pediatric candidemia epidemiology and morbidities. A nationwide cohort. Pediatr Infect Dis J., 2019;38: 464-469.

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