Cannabis : le statu quo rejeté par une majorité de Français

Paris, le mardi 12 juin 2018 – La France demeure toujours divisée concernant l’autorisation régulée de la production et de la vente de cannabis. Cependant, la position de l’opinion a évolué. Ainsi, alors que la scission s’opérait auparavant entre ceux, tenants d’une certaine conception de la liberté, qui considéraient par ailleurs comme faible la dangerosité du cannabis (ou tout au moins plus faible que celle de nombreux produits autorisés) et ceux, ontologiquement opposés aux paradis artificiels, qui redoutaient ses multiples effets, potentiellement masqués, à court et à long termes.Les premiers, partisans de la dépénalisation, ont été rejoints par des observateurs pragmatiques jugeant que la régulation pourrait être un système plus adapté que l’inefficace répression actuelle. De fait, si l’idée d’une « régulation » et d’un « encadrement du cannabis » ne séduit encore qu’une courte majorité de Français (51 % selon les résultats d’un sondage conduit par l’IFOP pour Terra Nova et ECHO Citoyen), la nécessité d'un changement fait davantage l’unanimité. Ainsi, 64 % des personnes interrogées jugent qu’il faut modifier les lois actuelles, tandis que 70 % sont favorables à un débat sur le sujet. A cet égard, il est probable que la possibilité de transformer la peine de prison sanctionnant actuellement la consommation de cannabis en contravention, entérinée par le gouvernement, ne soit pas considérée comme une évolution suffisamment significative.

Allégations et publicités fumeuses

Autre point qui fait consensus : l’autorisation du cannabis à des fins thérapeutiques est plébiscitée par 82 % des personnes interrogées. Ce résultat n’étonnera pas ceux qui ont pu constater ces dernières semaines la multiplication des points de vente commercialisant des produits à base de chanvre. Il s’agit notamment de buralistes qui prenant acte de la diminution des ventes de cigarettes tentent de se diversifier en proposant des tisanes, cristaux ou huiles présentant une teneur en tétrahydrocannabinol (THC) inférieure à 0,2 % soit la limite légale.

L’efficacité parfois alléguée de ces produits sur certaines douleurs est cependant loin d’être prouvée. Cela n’empêche ni l’engouement des acheteurs qui se pressent nombreux, ni les publicités potentiellement trompeuses. S’inquiétant de cette prolifération, la Direction générale de la Santé (DGS) vient d’établir une mise au point qui rappelle « qu’aucune vertu thérapeutique ne peut être revendiquée notamment par les fabricants, vendeurs de produits, contenant du CBD » (cannabidiol). La DGS s’inquiète également des publicités qui entretiennent une « confusion entre le cannabis et le CBD et font la promotion du cannabis ».

Il est urgent d’attendre

Si ce rappel à l’ordre pourrait augurer quelques difficultés pour les marchands de "cannabis light", qui se heurtent déjà parfois à la suspicion de la police ou à la frilosité des banques, la situation confirme la nécessité d’une position plus claire concernant le cannabis thérapeutique. Or, aujourd’hui, le seul médicament associant delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD) disposant d’une autorisation de mise sur le marché en France depuis 2014 (le Sativex) n’est toujours pas disponible faute d’un accord sur le prix. Et le "retard" que connaîtrait la France concernant le cannabis thérapeutique, reconnu récemment par le ministre de la Santé Agnès Buzyn pourrait ne pas être immédiatement rattrapé : dans ses préconisations sur le sujet, le ministre n’a en effet pas évoqué cette question pourtant prégnante du prix du Sativex. La confrontation entre cette réponse politique, la lenteur administrative et l’attente des Français témoigne comme sur de nombreux autres sujets d’une inadéquation fumeuse.

Aurélie Haroche

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