Cannabis thérapeutique : un avis de l’ANSM d’ici la fin de l’année

Paris, le mardi 11 septembre 2018 – A la faveur ce printemps de la commercialisation (illégale) de produits dits "thérapeutiques" présentant une faible teneur en CBD, le ministre de la Santé, Agnès Buzyn a déclaré à plusieurs reprises qu’elle n’était pas hostile à une réflexion sur l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques. Son sentiment est qu’il faudrait pouvoir permettre cette approche si elle apporte réellement un aux patients un bénéfice inaccessible avec les traitements classiques.

Une littérature très abondante

S’inscrivant dans ce contexte, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient de créer un Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) dont l’objectif est de déterminer la « pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France ». Ce groupe sera composé de médecins spécialistes, de pharmacologues et de représentants d’associations d’usagers ou du système de santé. La première mission de cette commission sera de se pencher sur « l’intérêt thérapeutique du cannabis pour le traitement de certaines pathologies ». Une abondante littérature existe dans ce domaine, qui a déjà fait l’objet de nombreuses méta-analyses et de compilations. L’année dernière, les Académies américaines de Médecine, de Sciences et d’Ingénierie ont ainsi rendu un rapport reposant sur l’examen de plus de 10 700 études ! Ce long travail avait conduit à rappeler l’hétérogénéité des niveaux de preuve en fonction des pathologies : ainsi si des certitudes ou des preuves substantielles existent concernant l’efficacité du cannabis sur les douleurs chroniques chez l’adulte, les nausées et les vomissements induits par la chimiothérapie et les spasmes musculaires associés à la sclérose en plaque, elles sont insuffisantes concernant les anorexies liées au cancer, le syndrome de l’intestin irritable, l’épilepsie, la SLA ou encore la chorée de Huntington. Ainsi, on le voit, un travail minutieux et délicat attend le CSST de l’ANSM aujourd’hui pour distinguer les "indications" potentielles de celles non encore suffisamment étayées, voire fantaisistes.

Importation ? Production nationale ? Onguents ?

Le deuxième objectif de ce groupe, s’il considère que le cannabis à des fins thérapeutiques pourrait être utile dans certaines pathologies ou pour certains symptômes, sera de déterminer les conditions de cette délivrance. Des indications strictes seront-elles déterminées (dans un système comparable par exemple à celui des ATU) ? Et surtout s’agira-t-il uniquement de permettre l’accès à des médicaments ou des produits thérapeutiques dument autorisés (et dans ce cas il pourrait être recommandé d’accélérer les autorisations ou d’élargir le champ des produits validés) ou pourra-t-on envisager le recours à du cannabis consommé sous forme de "joints" ? Dans ce cas, une production "nationale" devra-t-elle être envisagée ? Sur ce point, sans doute, les experts de l’ANSM conduiront une analyse détaillée des différentes solutions déployées à l’étranger. Dans plusieurs pays européens, le statut d’autorisation du cannabis thérapeutique renvoie en réalité à l’acceptation des médicaments contenant du CBD (statut comparable à la France). Certains états permettent cependant également d’une part des huiles et autres onguents présentant une faible teneur en cannabis et/ou d’autre part l’utilisation de « feuilles séchées de cannabis ». Dans ce cas, soit la production est nationale, soit une importation est organisée (le Canada et le Pays-Bas qui comptent des laboratoires de production de cannabis médicinal peuvent notamment être sollicités).

Un sujet politique

Sur ces différents points, le CSST doit remettre son rapport à la fin de l’année. Il est probable qu’il ne permettra pas de clore définitivement le débat. Une réponse totalement négative n’apaisera pas ceux, nombreux, qui réclament une souplesse supplémentaire en France. Plusieurs associations de patients, notamment dans le domaine de l’épilepsie, militent ainsi dans ce sens. Outre les exemples étrangers, ces organisations mettent parfois en avant l’apaisement plus global que peut conférer le cannabis par rapport aux autres antalgiques et invitent à prendre en compte le malade dans sa totalité et non uniquement par le prisme de sa pathologie. Par ailleurs, à la différence de ce qui a prévalu en Grande-Bretagne, il est de la même manière peu probable qu’un avis positif entraîne immédiatement une décision politique en faveur de l’autorisation du cannabis thérapeutique. Dans notre pays où la consommation récréative, chez les jeunes en particulier, est une des plus élevée d’Europe, le risque de dérives est particulièrement redouté, alors que beaucoup ne sont pas pleinement convaincus des entiers bénéfices de l’usage thérapeutique. Le débat est ouvert ; il sera encore long.

Aurélie Haroche

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