Cardiologues interventionnels : attention aux yeux !

Le cristallin est une structure anatomique dont la radiosensibilité connue de longue date a pourtant été nettement sous-estimée. La cataracte radio-induite résulte de l’atteinte de la couche germinale des cellules épithéliales de recouvrement. Elle relève d’un effet déterministe des rayonnements ionisants avec seuil et plusieurs études épidémiologiques au cours de la dernière décennie, certaines prospectives, témoignent d’une augmentation du risque de cataracte postérieure précoce chez les sujets professionnellement exposés à ces rayonnements. A ces données, s’ajoute une autre observation : c’est la grande fréquence de cette cataracte chez les sujets qui sont intervenus sur le site de Tchernobyl, alors que les doses de radiations dans l’environnement dépassaient encore largement les doses maximales admissibles, définies par la Commission internationale de Protection Radiologique (CIPR). Cette dernière a d’ailleurs revu à la baisse les doses qui ne doivent pas être dépassés pour le cristallin : actuellement 20 mSv/an en moyenne sur 5 ans, sans excéder 50 mSv en une année, des chiffres qui témoignent d’une prise de conscience quant à la radiosensibilité de l’œil, plus particulièrement le cristallin.

Un risque de cataracte sous capsulaire postérieure significativement plus élevé

Une revue des études publiées dans la littérature internationale a permis d’établir une méta-analyse qui ne peut que renforcer les points de vue précédents et la nécessité des mesures qui en ont découlé. L’objectif a été d’évaluer le risque de cataracte radio-induite au sein du personnel médical et paramédical affecté aux départements de cardiologie interventionnelle. Neuf bases de données électroniques ont été consultées à cette fin, qui ont permis de sélectionner huit études pertinentes regroupant au total 2 559 participants, dont 1 224 cardiologues interventionnels exposés aux rayonnements et 1 335 témoins.

La comparaison intergroupe a révélé que le risque d’une cataracte sous-capsulaire postérieure était significativement plus élevé chez les sujets exposés que chez les témoins, soit un risque relatif (RR) de 3,21 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 2,14-4,83 ; p < 0,00001). En revanche, les autres anomalies du cristallin qui sont moins spécifiques de la radiotoxicité oculaire ont été représentées avec la même fréquence dans les deux groupes, qu’il s’agisse des opacités corticales (RR = 0,69, IC, 0,46, 1,06 ; p = 0,09) ou nucléaires (RR = 0,85, IC, 0,71-1,02 ; p = 0,08).

Des lunettes plombées en prévention

Cette méta-analyse suggère que le risque de cataracte postérieure radio-induite est élevé chez les cardiologues interventionnels, ce qui n’est pas une surprise, compte tenu du niveau d’exposition élevé aux radiations ionisantes et des notions récentes qui ont conduit la CIPR à revoir les doses maximales admissibles pour le cristallin. De ce fait, des mesures de radioprotection adaptées doivent être envisagées par les professionnels de santé les plus exposés à cet effet déterministe au long cours avec seuil. Les lunettes plombées font partie des moyens proposés.

Dr Philippe Tellier

Référence
Elmaraezy A et coll. : Risk of cataract among interventional cardiologists and catheterization lab staff: A systematic review and meta-analysis. Catheter Cardiovasc Interv., 2017: publication avancée en ligne le 13 mai.

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Vos réactions (2)

  • Et les mesures objectives par dosimétrie opérationnelle ?

    Le 22 mai 2017

    Il est très aisé de réaliser une étude de poste, incluant les régions oculaires, par l'utilisation de dosimètres opérationnels de petite taille, qui matérialisent en temps réel la dose et le débit de dose.

    On obtient alors une idée quantitative objective des doses et débits de dose délivrés permettant à l'opérateur une rectification et une optimisation en temps réel de sa gestuelle(les études "statistiques" ne prouvant, comme d'habitude, rien de solide en terme de causalité).

    Dr Y.Darlas

  • Dosimetre pour etude de poste

    Le 30 mai 2017

    Bravo, bien vu !

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