Cardiopathies congénitales : quel risque de démence à l’âge adulte ?

Les progrès accomplis en chirurgie cardiaque ont transformé le pronostic vital et fonctionnel de la plupart des cardiopathies congénitales, même les plus complexes. De ce fait, les enfants opérés de ces cardiopathies sont de plus en plus nombreux à atteindre l’âge adulte et leur espérance de vie rejoint d’ailleurs celle de la population générale dans la plupart des cas. Or, il s’avère que ces cardiopathies s’accompagnent de facteurs de risque de démence à l’âge adulte, de sorte qu’il semble opportun de rechercher des arguments épidémiologiques en faveur d’une éventuelle association significative. C’est là l’objectif d’une étude de cohorte réalisée au Danemark, qui a reposé sur l’exploitation de registres médicaux nationaux et les observations médicales recueillies dans tous les hôpitaux du pays, afin d’identifier tous les cas de cardiopathie congénitale diagnostiqués et traités entre 1963 et 2012. Le risque de démence au sein de cette cohorte a été évalué par rapport à la population générale. Le suivi a été assuré à partir du 1er janvier 1981, ou encore à partir de la date de l’inscription dans les registres, jusqu’au diagnostic de démence, au décès, à une éventuelle émigration ou à la fin de l’étude (31 décembre 2012).

Pour chaque patient atteint d’une cardiopathie congénitale, ont été recrutés dix membres de la population générale à partir du Danish Civil Registration System, appariés selon le sexe et l’année de naissance. La comparaison des deux groupes a permis de calculer l’incidence cumulée et le risque de démence, de fait le hazard ratio (HR) avec son intervalle de confiance à 95 % (IC) en ajustant selon les deux variables précédentes.

Une association à confirmer par une étude longitudinale

Pour les 10 632 adultes (dont 46 % d’hommes) atteints d’une cardiopathie congénitale, l’incidence cumulée des démences a été estimée à 4 % à l’âge de 80 ans. Le HR global, calculé en comparant cette cohorte à la population générale, est de 1,6 (IC, 1,3-2,0). Si l’on restreint l’analyse aux seuls cas de cardiopathie sans autres anomalies extracardiaques, le HR passe à 1,4 (1,1-1,8). Dans les formes légères ou modérées de ces cardiopathies, le HR a été estimé à 1,5 (IC, 1,1-2,0), alors qu’il atteint 2,0 (IC, 1,2-3,3) en cas d’atteinte cardiaque jugée sévère, ce qui inclut le ventricule unique. Pour ce qui est des démences à début précoce (< 65 ans), le HR a été estimé à 2,6 (IC, 1,8-3,8), versus 1,3 (IC, 1,0-1,8), pour ce qui est des formes tardives.

Cette étude qui porte sur une vaste cohorte plaide en faveur d’une association entre cardiopathie congénitale de l’enfance et risque de démence à l’âge adulte, notamment les formes à début précoce. Ces résultats doivent être confirmés par d’autres études, car l’évaluation du risque évoqué en se référant à la population générale a des limites bien connues en termes d’exactitude et de fiabilité, le gold standard restant l’étude de cohorte longitudinale, du type Framingham HeartStudy.

Dr Catherine Watkins

Référence
Bagge CN et coll. : Risk of Dementia in Adults With Congenital Heart Disease: Population-Based Cohort Study. Circulation 2018; 137: 1912-1920. doi:10.1161/CIRCULATIONAHA.117.029686.

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