Carmat : l’essai de faisabilité s’achève avec la mort du quatrième patient

Paris, le jeudi 21 janvier 2016 – Opéré à la Pitié Salpêtrière quelques heures après le décès du troisième patient ayant reçu le cœur artificiel bio-prothétique CARMAT, le dernier malade à avoir été inclus dans l’étude de faisabilité est mort moins d’un moins après l’implantation. « Nous avons réalisé une implantation sur un patient en phase terminale de son insuffisance cardiaque. Elle s’est déroulée tout à fait convenablement et la prothèse a donné toute satisfaction tout au long de son fonctionnement. Nous connaissons les risques liés à ce type d’intervention, et malgré tous les efforts de l’équipe, le patient est décédé de complications médicales non liées à la prothèse » indique dans un communiqué de la firme CARMAT, le professeur Pascal Leprince, chef de service de l’Institut de Cardiologie à la Pitié-Salpêtrière.

Deux fois sur quatre, la prothèse a dysfonctionné

Ce décès signe la fin de l’étude de faisabilité lancée en décembre 2014 avec la réalisation d’une première implantation chez un patient de 76 ans mort 74 jours après l’intervention sans avoir pu rejoindre son domicile. Si, indique Carmat, aucun résultat de l’essai ne sera donné « avant l’analyse de l’ensemble des données », les premiers éléments semblent suffisamment "satisfaisants" pour que l’entreprise puisse annoncer que « l’expérience accumulée permet de préparer la documentation nécessaire pour l’étude PIVOT ». Pourtant, les informations parcellaires données par CARMAT pourraient ne pas être jugées parfaitement rassurantes. En effet sur les quatre patients inclus dans l’étude de faisabilité, deux sont morts après une « micro fuite de la zone sang vers le liquide d’actionnement de la prothèse ». Concernant les deux décès suivants, si la firme a bien insisté sur le fait que la prothèse n’était pas en cause, les précisions manquent (on se souvient notamment que le troisième patient a succombé à une insuffisance rénale terminale).

Longue vie au cœur Carmat

Néanmoins, s’agissant de malades en état d’insuffisance cardiaque grave, le bénéfice de la prothèse doit être apprécié principalement en fonction de l’amélioration de la qualité de vie offerte. Là encore, les données sont parcellaires, mais relativement encourageantes. Si le premier et le dernier malade inclus n’ont pu rentrer chez eux, le second et le troisième patients ont survécu entre huit et neuf mois après l’intervention et ont pu reprendre des activités qu’ils avaient délaissées pendant un long moment en raison de leur insuffisance cardiaque. L’aventure du cœur Carmat se poursuit donc et devrait continuer à être rythmée par les annonces d’une société qui a choisi une communication verrouillée, assez décalée face aux exigences de transparence de l’époque actuelle et qui laisse parfois le champ libre à certaines interrogations.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Deux poids deux mesures

    Le 21 janvier 2016

    La société Carmat a donc obtenu l'autorisation des autorités sanitaires d'expérimenter son cœur artificiel sur 5 malades en phase terminale, ce qui parait légitime.
    André Gernez (1923-2014) biologiste, médecin radiologue et radiothérapeute, ancien de la Fondation Curie, a proposé dans strictement le même ordre d'idée, de tarir la sécrétion d'hormone de croissance chez des personnes frappées par un cancer en phase terminale ou toute thérapeutique est interrompue. Et ceci par un moyen simple, connu et très facile en mettre en œuvre: l’irradiation de l'antéhypophyse par par exemple Gamma Unit. Un tel essai permettrait d'avoir très rapidement des résultats à analyser. La justification de cette proposition se trouve dans le qu'on ne peut pas cancériser un animal hypophysiolysé (Courtial). Et que par contre, l’hormone de croissance stimule la prolifération cancéreuse aussi bien in vivo qu’in vitro (Sibilly, Weill).
    Mais malgré de nombreuses demandes, ceci n'a pas pu être obtenu.
    La question est pourquoi.? A t-on peur du résultat? Pourrait il porter ombrage à l'industrie pharmaceutique et à l'institution cancérologique s'il était positif et donc généralisable?
    La question se pose.

    Dr Jacques Lacaze

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