Cédric Villani, autiste ? Ce que dit la polémique ?

Paris, le vendredi 29 novembre 2019 – Il ne faut jamais rater une occasion de s’offrir l’opportunité de jouer les indignés les belles âmes, qui n’hésitent pas à faire fi de ses clivages idéologiques et de ses animosités personnelles, pour voler au secours des affligés. Ni Ian Brossart, ni Benjamin Grivaux, ni Valérie Pécresse ne l’ont manquée hier. Alors qu’était diffusée une séquence où un journaliste de l’émission Quotidien, Paul Larrouturou, interroge Cédric Villani, mathématicien lauréat de la médaille Fields, candidat à la Mairie de Paris, sur son autisme supposé, une grande partie de la classe politique s’est indignée. Et alors que Cédric Villani répondait calmement : « Est-ce que moi je suis autiste ? Je ne sais pas, je n’ai jamais éprouvé le besoin de me faire diagnostiquer et qu’est-ce que ça changerait », tous ont applaudi. « Remarquable réponse de Cédric Villani à une question de Quotidien » s’est ainsi exclamée Valérie Précresse (Libres !) sur Twitter, quand Ian Brossat (PC) avait lui aussi lancé : « Indépendamment des désaccords de fond avec Cédric Villani, sa réponse à cette question est juste parfaite ».

Questions franches plutôt qu’insinuations malveillantes

Pourtant, l’objet de cette sollicitude transpartisane ne sut réellement les remercier de leur indignation. En effet, face au tollé provoqué par la diffusion de ces images, Cédric Villani publia en fin de journée un communiqué où il indiqua que cette question n’était nullement une provocation. Il avait en effet bien été précisé au candidat à la mairie de Paris que l’interview porterait notamment sur les rumeurs d’autisme qui courraient à son sujet. A leur propos, d’ailleurs, le mathématicien remarque : « La question de Paul Larrouturou est en fait bien moins brutale que des rumeurs qui ont circulé sur moi ces dernières semaines. Je préférerai toujours les questions franches aux insinuations et rumeurs malveillantes ».

Tant mieux !

A l’aune de cette absence d’indignation de Cédric Villani on remarque qu’au moins une association de défense de personnes souffrant d’autisme (des organisations promptes à dénoncer les outrances de certaines représentations médiatiques et qui en tout état de cause n’adoptent pas toujours un point de vue univoque) s’est félicitée de cette "visibilité" accordée à l’autisme. Ainsi, dans Marianne, Olivia Cattan, présidente de l’association SOS Autisme, tout en admettant qu’une telle question relève de la sphère privée, souligne : « Tant mieux si Cédric Villani ne ressent pas de gêne à en parler et rende cette question plus visible ». Elle constate en effet que l’autisme demeure encore trop souvent un tabou.

Asperger et les autres

Néanmoins, elle note qu’il existe une différence importante entre ce que l’on appelle l’autisme Asperger et les autres formes d’autisme. « La France n’est prête qu’à intégrer les autistes géniaux. Un Asperger n’est intégré que dans la mesure où l’on met à profit ses capacités intellectuelles spécifiques exceptionnelles ». De fait, une nouvelle fois, cette "polémique" signale combien l’autisme est trop souvent appréhendé à travers le seul prisme du syndrome d’Asperger, forme d’autisme qui ne concerne qu’une minorité de patients.

Le poids des mots

Au-delà, il existe un dévoiement du terme "autisme", qui aujourd’hui ne semble plus renvoyer à un trouble neuropsychique, mais à une attitude sociale qui serait différente des autres (différence d’ailleurs parfois louée) et c’est à cet égard que ce terme est parfois utilisé de façon hâtive, réductrice et souvent moqueuse vis-à-vis de Cédric Villani. Or, l’autisme est loin d’être uniquement le fait de présenter un comportement public éventuellement pas parfaitement attendu. A cet égard, on mesure combien les appels de certaines associations à l’intention des médias de veiller davantage à la façon dont ils emploient certains noms de maladies ou de troubles mentaux ne relèvent pas uniquement d’un simple caprice, mais d’une véritable prise de conscience des risques engendrés par certains raccourcis.  

Aurélie Haroche

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Vos réactions (5)

  • N'exagérons rien

    Le 29 novembre 2019

    Laissons les mots vivre leur vie.
    Quand un profane (par exemple... F Fillon) dit "autiste", il ne parle pas d'un diagnostic médical. Il décrit une attitude sociale, comme quand on s'exclame "vous êtes sourd à nos revendications" ou quand on fustige "l'aveuglement du gouvernement" ; parfois même on dira qu'untel semble "déprimé", ou bien qu'un autre est "constipé" ; on dira d'un politicien qu'un destin national "le démange", d'un autre qu'il a un "handicap" ou que sa vision est "schizophrène"... j'en passe et des meilleures. Il n'y a, bien entendu, pas le moindre diagnostic médical dans ces expressions populaires.

    Les gens parlent à tort et à travers en toutes matières scientifiques, et la médecine ne fait certainement pas exception. Laissons les journalistes à leurs détestables errements, comme tous ceux qui instrumentalisent les trivialités du langage pour polémiquer.

    Tant que les vrais médecins sont seuls à diagnostiquer et qu'ils ne parlent à personne de leurs conclusions, tout va pour le mieux et le reste n'est que triste littérature.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Mots médicaux

    Le 29 novembre 2019

    Le terme phobie est également employé à tort et travers et accolé à n'importe quoi.

    Dr Gilles Michel

  • Autisme

    Le 29 novembre 2019

    La réaction du Dr Rimbaud me semble pleine de justesse et marquée au coin du bon sens. Laissons les gens sensés (et les médecins en font partie en général) discuter entre eux et les méiapolitiques (sans commentaires) entre eux, et les vaches seront bien gardées.

    Dr Jean-Fred Warlin

  • Sortir l'Asperger de l'autisme ?

    Le 29 novembre 2019

    L'autisme Asperger est à la mode. Il passionne les médias et justifie parfois toutes la attitudes étonnantes ou provocatrices. C'est une forme d'autisme très médiatisée et les vidéos de personnes qui s'autodiagnostiquent, non sans fierté, autistes Asperger, fleurissent sur le Net.

    Pendant ce temps-là, l'autisme non Asperger (beaucoup plus fréquent !) est très souvent un lourd handicap du contact, et de la relation- communication, qui échappe pour le moment à tout traitement médicamenteux spécifique et relève de thérapies comportementales et éducatives. Il coexiste dans bon nombre de cas avec une déficience cognitive qui aggrave le pronostic.

    Ainsi, pendant que les Asperger "haut niveau" font les congrès et les médias, la souffrance quotidienne des autistes non Asperger (et de leur entourage) est souvent sous-estimée. Dire de Cédric Villani qu'il est est autiste, avec les capacités relationnelles qui sont les siennes, est un outrage à l'autisme, qui est et reste avant tout une pathologie majeure de la relation et de la communication. Alors oui au "syndrome" d'Asperger, avec de multiples variantes (syndrome spécifique mal connu, et dont les contours, manifestement, restent flous). Mais non à "l'autisme" Asperger, trop souvent brandi dès que le contact et la relation sont atypiques et ne s'inscrivent pas dans les normes.

    Il y a des personnalités marginales au plan de la relation. Ne les taxons pas abusivement d'autisme et réservons ce terme aux vrais pathologies relationnelles autistiques, avec isolement et rupture des liens, par incapacité d'imaginer que l'autre fonctionne comme soi (ce qu'on appelle la théorie de l'esprit).

    Dr R. Faou, psychiatre, pédopsychiatre

  • Oter Asperger de la nomenclature

    Le 29 novembre 2019

    Les révélations récentes mais indiscutables de la collaboration de Hans Asperger au régime Nazi, par la sélection et l'envoi d' enfants "non éducables" dans un hôpital qui fonctionnait comme un centre de mise à mort en Autriche devrait amener il me semble à oter son nom de vocabulaire médical.

    Le mot Asperger est rentré dans le langage courant, répété à l'envie par des ignorants de la médecine et de la réalité de ce sinistre personnage.

    Dr Annie Faure.

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