Ces compléments alimentaires qui ne devraient pas être en vente libre

Paris, le vendredi 8 février 2019 – Selon les dernières données disponibles, en France, 20 % des adultes et 10 % des mineurs consommeraient régulièrement des compléments alimentaires, tandis que le nombre de produits s’est considérablement accru depuis un arrêté de 2014 pris à la suite d’une directive européenne. Celle-ci a ainsi permis la mise sur le marché de compléments alimentaires ayant des effets pharmacologiques importants.

Depuis toujours vigilante vis-à-vis de ces produits, l’Académie de pharmacie vient de publier un nouveau rapport sur ce sujet.

Ces travaux concentrent notamment leur attention sur les compléments à base de plantes, contenant des dérivés hydroxyanthracéniques et ayant des propriétés laxatives. Il s’agit du suc d’aloe, de la racine de rhubarbe, de  la feuille de séné, de l’écorce de bourdaine ou de cascara, de la pulpe du fruit du cassier et de l’écorce de nerprun.

Leur action laxative puissante serait irritante pour le tube digestif et leur usage prolongé (rare) pourrait en outre provoquer une dépendance appelée « maladie des laxatifs ». Les patients ne peuvent alors plus aller à la selle sans les utiliser et à long terme des lésions définitives de l’intestin peuvent apparaître.

De plus, l’étendue des effets secondaires est mal connue, notamment les contre-indications avec certains traitements.

Lobby or not lobby

Les Académiciens s’inquiètent d’autant plus que ces produits, parfois vendus en supermarché, bénéficient d’une certaine aura car ils sont perçus comme « naturels » et qu’ils sont considérés, y compris par certains pharmaciens officinaux, comme inoffensifs. 

Or, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) qui  dispose d’un dispositif de vigilance en la matière a notifié 2600 effets indésirables entre 2010 et 2016, avec chaque année 37 à 52% de cas jugés graves (mais l’imputabilité n’a pas été systématiquement confirmée).

Une dangerosité que conteste, sans surprise, le syndicat des fabricants de compléments alimentaires (Synadiet) qui attaque vigoureusement l’Académie, accusée d’obéir à un lobby.

« En 2017 (…) l’Anses a relevé seulement 77 cas d’effets indésirables vraisemblablement ou très vraisemblablement liés à la consommation de compléments alimentaires, alors que près de 150 millions de boîtes ont été vendues cette année là sur le marché français. Soit seulement un effet pour 2 millions de boîtes vendues (…) certains lobbies pharmaceutiques voient d’un mauvais œil la croissance du secteur des compléments alimentaires » assène ainsi le Synadiet.

Cette passe d’arme n’empêchera sans doute pas l’Académie nationale de Pharmacie de continuer à recommander une révision de la « liste jointe à l’arrêté du 24 juin 2014 en éliminant les plantes n’ayant aucun effet nutritionnel ou alimentaire et qui présentent un danger pour les utilisateurs ». Si cela s’avérait impossible pour des raisons de législation européenne, l’Académie estime, qu’à minima, il faudrait que soient systématiquement précisés une durée et une dose d’utilisation ainsi que les effets secondaires potentiels.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (4)

  • Bravo aux lobbies des fabricants de "compléments" alimentaires

    Le 10 février 2019

    Osez parler de compléments alimentaires à propos de dérivés anthraquinoniques sous le prétexte qu'ils s'agit de produits naturels. La cigüe est aussi une plante bien connue utilisée pour tuer Socrate.
    Après quelques mois de prises de dérivés anthraquinoniques, le colon devient tout noir et il est de plus en plus atone obligeant les patients à augmenter les doses. Les patients n'ont plus aucune envie d'aller à la selles et le matin ils se mettent sur le siège et, en relâchant leur sphincter, il émettent de manière explosive une selle complètement liquide. Bien sûr, cela entraîne d'importantes pertes d'électrolytes et, notamment, de potassium renforçant l'atonie du côlon.
    La situation devient parfois tellement catastrophique qu'il faut recourir à une colectomie.

    Vu le nombre de patients qui prennent ces dérivés, la seule solution consiste à les interdire que ce soit sous forme de médicaments, de "compléments" alimentaires ou même de plantes.

    Le coût de la constipation est phénoménal que ce soit en arrêt de maladie ou en hospitalisation.
    C'est inadmissible alors que nous disposons d'excellents laxatifs, de son et, pour les Africains et les Asiatiques qui n'ont plus de lactase quand ils sont adultes et qui consiste tout simplement de la poudre de lait écrémé !
    Qui aura le courage d'empoigner ce problème ?

    Dr Guy Roche, ancien interniste





  • Pauvre liberté

    Le 10 février 2019

    Et si vous laissiez les gens prendre ce qu'ils souhaitent en réduisant l'action du pouvoir à une information officielle obligatoire. C'est aussi cela la liberté. Mais surtout, il y a beaucoup de prétention à avoir un avis manichéen systématiquement négatif face aux compléments alimentaires. La réalité est plus complexe.
    Rien n'empêche tout utilisateur potentiel de s'informer auprès des soignants informés.

    Dr Christian Trape

  • Laisser les patients prendre le risque... (au Dr Trape)

    Le 13 février 2019

    ... par exemple, de réduire l'efficacité ou augmenter la toxicité de leur chimiothérapie parce qu'ils se sont laissés encourager à avaler des "produits naturels" donc obligatoirement sans effets délétères ?

    Marie-Odile Marchal (pharmacien)

  • Libre arbitre

    Le 18 février 2019

    Merci Docteur Trape : le droit à la liberté doit précéder les querelles de clocher. La médecine naturelle à toute sa place et il est essentielle que les utilisateurs s'informent avant d'utiliser quoi que ce soit... (médicament ou plante)...Mais tout à fait entre nous, si les patients commencent à se renseigner sur les effets secondaire et les risques potentiels...combien continueront leur traitement...

    Zahia Chardin

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