C’est dimanche, allons au musée !

Comparant le cerveau à une marque de piles (censées « ne s’user que si l’on s’en sert », selon une des plus célèbres publicités du XXème siècle)[1], l’un de mes professeurs de médecine, le neurologue Jacques Barbizet (1919–1982) disait que, contrairement à cette pile, le cerveau s’use surtout quand on ne s’en sert pas[2] ! Il apprécierait certainement de voir une confirmation implicite de son propos dans une recherche britannique, réalisée en marge de l’étude ELSA commencée en 2002 (English Longitudinal Study of Ageing, étude longitudinale anglaise du vieillissement)[3]. En effet, les auteurs ont constaté que dans une population de 3 911 personnes âgées de 50 ans ou plus, la pratique régulière d’une activité culturelle (comme la visite d’un musée ou d’une exposition de peinture) s’accompagne d’un risque de démence « plus faible, comparativement aux sujets visitant moins souvent les musées ou les galeries d’art. » Et cette association se révèle indépendante d’autres facteurs comme « la démographie, le statut socio-économique, des variables liées à la santé, y compris les déficiences sensorielles, la dépression, les conditions vasculaires et d’autres formes d’engagement communautaire. »

Peut-être un moyen pour prévenir la démence

Plus précisément, on observe :

– un taux d’incidence (incidence rate ratio= IR) de démence « supérieur à la moyenne pour ceux qui ne visitent jamais » de musée ou de galerie d’art : IR = 9,47 ;  intervalle de confiance à 95 % IC [8,02–11,25] ;
– un taux légèrement inférieur à la moyenne en cas de visite rare (moins d’une fois par an) : IR = 3,96 ;  IC [3,03–5,29] ;
– un taux encore plus faible en cas de visite une à deux fois par an : IR = 3,73 ; IC  [2,70–5,30] ;
– et le taux de démence le plus bas en cas de visites fréquentes (tous les quelques mois, ou encore plus souvent) : IR = 2,15 ; IC  [1,41–3,48] ; IC = 95%.

Dans la mesure où des activités à forte teneur cognitive, « agréables et facilitant les contacts sociaux » pourraient constituer, selon les conceptions de la « réserve cognitive[4] », un facteur de protection ou au moins de retard d’une détérioration cérébrale, il est donc tentant de présumer, avec les auteurs, qu’une « voie prometteuse » de prévention de la démence comporterait une politique de large promotion culturelle, favorisant en particulier « la visite des musées. »

[1] https://www.youtube.com/watch?v=NaPomO4Ec04
[2] L’aphorisme « le cerveau ne s’use que si l’on ne s’en sert pas » est attribué aussi à l’écrivain Bernard Werber.
[3] https://www.elsa-project.ac.uk/

Dr Alain Cohen

Référence
Fancourt D et coll.: Cultural engagement and cognitive reserve: museum attendance and dementia incidence over a 10-year period. Br J Psychiatry, 2018: 213: 661–663.

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