Chant d’adieu pour Orphée

Paris, le samedi 16 novembre 2019 – Sans tambour, ni trompette. Le 29 octobre, l’un des fleurons des installations nucléaires françaises a définitivement cessé ses activités, sans que l’information soit relayée. Tout au plus a-t-on lu quelques messages sur Twitter pour signaler l’évènement : Orphée est désormais à l’arrêt.

Un rôle incontournable

Orphée était un réacteur nucléaire installé dans le Centre d’énergie atomique (CEA) de Saclay. Construit entre 1976 et 1980, ce dispositif d’une puissance de 14 MW thermiques était « dédié à la production de faisceaux de neutrons pour la recherche scientifique ». Ces faisceaux contribuaient à l’étude de la structure de la matière. Orphée pouvait cependant également produire (en quantité limitée) des radio-isotopes à usage médical. Le rôle joué par Orphée pour la recherche française était loin d’être marginal : près de 60 % des expériences neutroniques françaises étaient en effet il y a encore très récemment réalisées au sein du Laboratoire Léon-Brillouin (LLB) qui exploitait Orphée au sein du CEA.

Des étudiants pas fan de nucléaire ?

Mais en 2014 a été décidée la fermeture dans les cinq ans de cette installation centrale. Les raisons en sont multiples. D’abord, la France participe au programme européen de construction de la source européenne par spallation (ESS) de Lund en Suède. Cette technique de spallation permet de se passer des services d’un réacteur nucléaire comme Orphée. Cependant, alors qu’ESS n’est pas encore en activité (elle devrait l’être en 2023), beaucoup avaient déploré un arrêt prématuré d’Orphée. Mais le choix de cette date répond à d’autres enjeux : les stocks d’Orphée en uranium enrichi constitués au lendemain de la chute du mur de Berlin (grâce aux Russes) sont désormais épuisés, et la France a choisi de sortir de l’accord qui lui permettait de recevoir de l’uranium hautement enrichi de la part des Américains. Enfin, beaucoup invoquent la construction du tramway qui doit conduire chaque jour des milliers d’étudiants sur le plateau de Saclay qui auraient pu mal cohabiter avec un réacteur nucléaire.

Iphi-Neutrons

Ainsi, en dépit d’une certaine incertitude quant à la période de transition (même si d’autres pistes existent tel le démonstrateur Iphi-Neutrons qui utilise un injecteur de protons à haute intensité développé par le CEA), l’un des fleurons de la recherche française a cessé toute activité il y a quinze jours sans aucune publicité.

Aurélie Haroche

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