Chirurgie : la CNAM s’interroge sur la légitimité des robots !

Paris, le samedi 24 août 2019 – Impossible de s’intéresser aujourd’hui aux nouvelles techniques chirurgicales sans qu’une référence soit faite à un dispositif robotique innovant. Les blocs opératoires sont de plus en plus nombreux à s’équiper et les robots Da Vinci tiennent la vedette. Ainsi, selon la firme américaine Intuitive Surgical qui commercialise le célèbre appareil, 147 robots chirurgicaux Da Vinci étaient installés en France en 2018 contre 135 en 2017. Par ailleurs, on estime que 140 000 interventions robot-assistées ont été réalisées en France au cours des vingt dernières années. C’est en urologie notamment que ces procédures sont les plus fréquentes.

Réputation usurpée ?

Cependant, au-delà d’extrapolations réalisées à partir de différentes données, l’ampleur exacte de l’activité de chirurgie robot assistée est difficile à déterminer avec précision. En effet, il n’existe pas de cotations spécifiques au sein du PMSI ou de visibilité au niveau de la facturation des hôpitaux, ce qui empêche une évaluation détaillée. Or, la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) regrette aujourd’hui cette lacune. Elle remarque en effet que la progression du nombre de robots chirurgicaux en France, qui s’impose de plus en plus aux établissements pour renforcer leur attractivité auprès des patients et des praticiens (notamment des internes) se fait probablement au prix d’une augmentation du volume d’activité pour rentabiliser le coût de l’équipement. Peut-on cependant être assuré que ce recours accru à la robotique puisse toujours être considéré comme médicalement pertinent ? N’existe-t-il pas un risque de voir se développer des indications non justifiées uniquement en vue d’augmenter l’activité du robot ?

Quel bénéfice ?

Alors que la CNAM vient de soulever ces interrogations dans son rapport annuel « charges et produits », elle affirme parallèlement qu’il n’existerait pas de « bénéfice démontré en termes de qualité et de sécurité des soins ». La chirurgie robotique « offre certes une vision et des gestes plus précis au chirurgien. (…) Le confort de travail s’en retrouve également amélioré et ils permettent d’attirer les internes. En revanche, aucune publication ne démontre (…) la supériorité du robot par rapport à la chirurgie laporoscopique « traditionnelle » pour le patient » affirme l’Assurance maladie. Les travaux ne sont pas aussi inexistants que ne l’affirme la CNAM puisque des données ont été publiées dans différentes spécialités qui pour beaucoup confirment la supériorité de la chirurgie robot-assistée en termes de complications per et postopératoires et de durées des séjours. Néanmoins, la proposition de la CNAM d’adapter le PMSI afin de permettre la traçabilité des chirurgies robot-assitées en vue de conduire des études médico-économiques apparaît particulièrement légitime et pourrait aboutir, si les résultats confirmaient les bénéfices de la robotique, à une réflexion sur le financement de ces équipements.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Très discutable !

    Le 26 août 2019

    Comme le caisson hyperbare, le robot chirurgical a ses publieurs, avec les mêmes biais et au final des avantages cliniques indiscutables... très limités, surtout quand on fait le point sur les investissements financiers et humains.
    Une évaluation sérieuse de la Cnam serait intéressante.

    Dr François Chassaing

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