Cirrhose alcoolique et greffe du foie : quel risque de rechute à long terme ?

Quand le pronostic vital est engagé, la transplantation hépatique est proposée aux patients atteints d’une cirrhose alcoolique avancée. Le succès à long terme d’une telle intervention dépend de facteurs multiples, le premier étant l’abstinence totale et définitive. Le candidat à la transplantation est donc sevré de toute boisson alcoolisée pour un minimum de six mois avant son inscription sur la liste d’attente. Cependant, une rechute de l’intoxication alcoolique post-greffe n’est pas exclue et son impact sur la survie à long terme doit être évalué.

Une étude de cohorte longitudinale émanant d’un seul centre a permis d’évaluer le risque de reprise de l’intoxication éthylique chez 250 patients qui ont bénéficié d’une transplantation hépatique. La durée médiane du suivi a été estimée à 5,9 années (écart interquartile, EIQ, 3,4-9,6). Près d’un patient sur deux (44 %) est allé jusqu’au terme de l’enquête téléphonique complétée par une analyse des dossiers individuels.

Environ 20 % des patients rechutent 4 ans après greffe

De cette enquête ressort qu’un sujet sur 5 (20 %) retombe dans une intoxication éthylique, dans un délai médian de 47 mois (EIQ, 24-85). Cette rechute est plus fréquente dans les les cas suivants : sujet de race blanche (72 % versus 54 % chez un sujet de race noire ; p=0,02) et score MELD (Model For End-Stage Liver Disease) plus élevé (23 versus 18, p=0,008). D’autres particularités ont été associées au risque de rechute comme une période d’abstinence plus brève avant la transplantation (23 versus 36 mois ; p<0,001) et des échecs de sevrage plus fréquents avant greffe (47% versus 30%, p=0,05).

Néanmoins, des divergences sont apparues entre les données de l’enquête téléphonique et celles extraites des dossiers médicaux. Ainsi, 63 % des patients qui ont rechuté ont déclaré au téléphone que la durée de l’abstinence avant la transplantation avait été supérieure à une année, ce qui n’était pas tout à fait exact. Un récidiviste sur trois a nié toute reprise de l’intoxication éthylique. A noter également que des troubles mentaux ont été plus fréquemment observés en cas de rechute, soit 33 % versus 13 % dans le groupe de sujet n’ayant pas rechuté (p=0,03).

Pas d’impact significatif sur la survie en cas de rechute

Une analyse univariée a permis de quantifier le risque élevé ou moindre (odds ratio OR) associé aux facteurs suivants : sexe féminin (OR 2.0, p=0.049), score MELD élevé (OR 1,1, p=0,004), ethnie hispanique (OR 0,4, p=0.01), antécédents judiciaires ou de conduite en état d’ivresse (OR 0,5, p=0,047), tabagisme avant la transplantation (OR 0,5, p=0,02), âge au moment de la greffe (OR 0,96 par année, p=0,01) et durée de l’abstinence avant greffe (OR 0,99 par mois, p=0,002). La reprise de l’intoxication éthylique n’a pas eu d’influence significative sur le taux de survie à 5 et 10 ans, respectivement de 86 % et 72 % (groupe de patients ayant rechuté) versus 90 % et 80 % (groupe de patients n’ayant pas rechuté).

Cette étude longitudinale qui porte sur un effectif conséquent souligne la fréquence élevée de la reprise de l’intoxication alcoolique chez les patients qui ont bénéficié d’une transplantation en raison d’une cirrhose éthylique. Elle surviendrait dans 20 % des cas, à distance de l’intervention (environ 4 ans) mais n’aurait, a priori, pas d’effet sur les taux de survie à 5 ans et 10 ans.

Dr Philippe Tellier

Référence
Rice B et coll. Alcohol Relapse after Liver Transplant for Alcohol-Related Cirrhosis : A Longitudinal Assessment of Risk Factors for Relapse and Long-Term Survival. Congrès annuel de la Société Américaine de Transplantation (AST) et de la Société Américaine de Chirurgiens Transplantateurs (ASTS). Du 30 mai au 3 juin 2020 (virtuel).

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