Co-infections à VHC, VHB, VIH, état des lieux

Malgré les traitements et les campagnes de prévention, les infections à VHC (virus de l’hépatite C), VHB (virus de l’hépatite B) et VIH (virus de l’immunodéficience humaine) continuent à faire des ravages.

Plus fréquentes en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient, elles ont aussi une part importante dans les pays industrialisés.

Au Canada, on estime ainsi que 136 000 à 246 000 personnes seraient infectées par le VHC, 75 500 vivraient avec le VIH et 285 000 avec le VHB sans que la prévalence des co-infections ne soit bien précisée.

L’amélioration des traitements a considérablement augmenté la durée de vie des patients infectés par le VIH ; en revanche la morbidité et la mortalité liées au VHC progresse.

Ces 3 infections ont des modes de contamination communs. Et les auteurs de cette étude se sont attachés à faire un état des lieux des co-infections, en fonction des facteurs de risque.

Cette analyse se base sur le recensement des cas en Colombie Britannique entre 1992 et 2013.

Sur un total de 1 376 989 personnes incluses, 1 276 290 étaient négatives et 100 699 étaient séropositives pour le VIH, le VHB et / ou le VHC. La plupart des cas (91 399, 90,8 %) étaient mono-infectés, alors que les co-infections étaient différemment réparties : 3 991 (4,0 %) avaient le VHB / VHC ; 670 (0,7 %) VHB / VIH ; 3 459 (3,4 %) les VHC / VIH ; et 1 180 (1,2 %) les 3 virus VHB / VHC / VIH.

Quels profils des pour les patients victimes de co-infections ?

-    Comportement sexuel

Pour les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), le risque relatif (vs H non SH) d’être atteint par les virus VHB/VIH est de 6,8 et celui d’avoir une triple infection, de 5,21 ; pour le VIH seul, le RR est de 5,08. A l’inverse, pour les co-infections VHB / VHC, il est de 0,4 et pour le HVC seul de 0,28.

La proportion de HSH était la plus importante parmi les patients infectés par le VIH seul (28,7 %) ou VHB / VIH (25,8 %) alors qu’il ne représente que 1 % des sujets infectés par le VHC seul.  

-    Prise de drogues

L’utilisation de drogues est associée à un risque relatif d’être atteint par les 3 infections de 64,19 ; pour les co-infections VIH / VHC de 23,23 ; et pour les co-infections VHB/VHC de 16,11.

Parmi les patients co-infectés par VHB / VHC, 35,4 % sont utilisateurs de drogues IV mais parmi ceux avec une triple infection VHB / VHC / VIH, le taux monte à 71,61 %. Parmi les sujets mono-infectés par le VHC, 17,88 % sont toxicomanes IV et parmi ceux infectés par VIH / VHC, la proportion est de 46,37 %.

Au final, l’utilisation de drogues augmente le risque d’infection et co-infections VIH / VHC, VHB / VHC et VHB / VHC / VIH.

La consommation de drogues injectables était le plus fortement associée à la triple infection et à l’infection par VIH / VHC.

Pour les HSH toxicomanes IV les probabilités d’infections par VHC, VHB, VIH, VHB / VIH, VHC / VIH et VHB / VHC / VIH apparaissent deux à quatre fois plus élevées.

-    Problème d’alcool

Parmi les patients infectés par VHB / VHC, 26,66 % avaient des problèmes d’alcool ; pour ceux ayant une triple infection le taux passe à 43,31 % et il est de 15,61 % chez ceux infectés par le VHC et de 30,12 % pour ceux co-infectés VIH / VHC.

-    Lieu de résidence

On retrouve une association entre mono-infection par VHB et résidence dans une zone urbaine et défavorisée.

Une proportion élevée de sujets avec une triple ou double infection (VHB / VHC / VIH ; 49,1 %, VIH / VHC 50,1 %, VHB / VIH 53,1 %) vivent dans des lieux « défavorisés ».

Cette étude retrouve donc plusieurs facteurs de risque d'infections multiples : ainsi les patients victimes des 3 infections étaient des consommateurs de drogues IV dans 71,6 % des cas et avaient des problèmes d’alcool dans 43,3 % des cas. Le fait d'être HSH était associé à une probabilité plus élevée de co-infection par le VIH.

L’identification de ces comportements à risque ainsi que le rôle de la marginalisation socioéconomique indiquent les possibilités d'optimisation des services de santé pour répondre aux besoins de ces populations.

Dr Sylvie Coito

Références
McKee G et coll. : Syndemic Characterization of HCV, HBV, and HIV Co-infections in a Large Population Based Cohort Study. Lancet E clinical medicine 2018, publication le 4 novembre. doi.org/10.1016/j.eclinm.2018.10.006

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