Comme à l’hôpital

Paris, le samedi 22 décembre 2018 – Dans le film Hippocrate, on ne pouvait que sourire en voyant le personnage incarné par Vincent Lacoste demander une blouse lors de son premier jour d’internat et se voir alloué un vêtement trop grand pour lui et tâché. « Des taches propres », lui répond-t-on. L’anecdote résumait bien l’objectif du réalisateur Thomas Litti : ne rien cacher des conditions de travail et des futurs médecins, ne pas présenter ces jeunes recrues comme des supers héros mais comme des êtres en devenir, contraints de composer avec l’envers du décor.

Des personnages de chair

Ce parti pris demeure intact dans la série Hippocrate dont les premiers épisodes sont diffusés sur Canal + depuis la fin du mois de novembre, avec l’intensité différente que confère le format de la série, la nécessité d’une intrigue immédiate et tout en même temps la possibilité d’une présentation plus approfondie des personnages. Ces derniers, Chloé Antovska (Louise Bourgoin), en quatrième année d'internat, déterminée, brillante et parfois condescendante avec ses cadets, Hugo Wagner (Zacharie Chasseriaud) qui porte sa filiation (il est le fils de la chef de service de réanimation) à la fois comme une chance et comme une épine, Alyson Lévèque (Alice Belaïdi) qui commence son internat dans l’inquiétude et Arben Bascha (Karim Leklou), faisant fonction d’interne, ont tous des personnalités complexes et attachantes. Ils composent chacun une partition différente permettant de mesurer l’éventail des attitudes possibles face à l’angoisse de l’erreur, à la charge de travail, aux contraintes hiérarchiques de l’hôpital (officielles et officieuses) et aux absurdités de certaines organisations.

Loin des plaies par balles et des accidents d'hélicoptères

De la même manière que les personnages ne sont jamais manichéens, les situations sont toujours réalistes. On est loin de la surenchère de plaies par balle et d’accidents spectaculaires en tous genres des séries américaines : ici on parle de cirrhose alcoolique, de blessures superficielles surinfectées et d’infections nosocomiales difficiles à identifier. Cette trame, qui est cependant guidée par une intrigue liminaire (l’impossibilité pour les médecins seniors de rejoindre le service en raison d’une mise en quarantaine après l’infection d’un patient), porte différents messages sur la vie à l’hôpital eux aussi sans caricature. On devine comme dans le film Hippocrate une réflexion sur l’abandon de ces internes, sur le manque de moyen, sur les absurdités de certaines règles. Mais on devine également une fascination pour le métier de médecin, pour l’univers particulier de l’hôpital et les liens qui peuvent y naître et pour la mission de soigner.

Un cocktail qui contribue au succès et à l’efficacité de la première saison d'Hippocrate,  qui aux dires des téléspectateurs médecins que nous avons consultés, est bien plus proche de la réalité de l'hôpital que les innombrables séries "médicales" françaises ou américaines  qui ponctuent nos soirées. 

A suivre donc.

 

Série : Hippocrate, Canal +, depuis le 26 novembre

Aurélie Haroche

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