Comment améliorer la vie du patient VIH/sida: miser sur le fitness cardiorespiratoire …

Le fitness cardiorespiratoire est bon à tout âge indépendamment du statut de bien portant ou de malade. Chez les patients VIH/sida, bon nombre de co-morbidités et de maladies liées à l'âge sont présentes. La stratégie consiste à promouvoir l'activité physique (coaching, motivation, support éducationnel) pour améliorer la capacité aérobie. Mais en pratique, on constate qu'il est plus difficile de convaincre le patient VIH/sida du bien fondé de cette approche que le patient lambda dans la population générale. Le point avec le Pr Jean-Christophe Goffard (HRC Erasme).

Le fitness cardiorespiratoire (CRF) procure une capacité aérobie élevée associée à une plus longue espérance de vie, une plus grande résistance aux maladies et une meilleure qualité de vie. Des études ont montré que cette capacité aérobie peut être un des principaux éléments prédictifs de mortalité et un facteur de risque de maladies liées au mode de vie comme les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2. Miser sur le fitness cardiorespiratoire revient à faire de la prévention cardiovasculaire, à réduire le risque arythmogène et la survenue des événements thrombotiques et à améliorer la fonction endothéliale. Le CRF prévient aussi le déclin des fonctions cognitives.

Comment mesurer le CRF ?

Le CRF s'apprécie par la consommation maximale d'oxygène (VO2Max) mesurée lors d'exercices sur un tapis roulant ou une bicyclette ergométrique. De récentes études l'ont exprimé en termes de bénéfice de survie par équivalent métabolique (MET). Plus l'intensité de l'activité est élevée, plus le nombre de METs est élevé. Un taux de CRF < 5 METs chez l'adulte est associé à un risque plus élevé de mortalité; un taux plus élevé (8 - 10) est associé à une survie accrue. De petites augmentations de l'ordre de 1 à 2 MET contribuent déjà à réduire significativement (10 à 30%) le risque d'événements cardiovasculaires.

Que constate-t-on chez le patient VIH+ ?

La valeur de la VO2Max est de 40% inférieure à celle observée dans une population non infectée par le VIH. Une méta-analyse (Oursler 2006) a montré des valeurs moyennes de 26 mL/ kg/minute, qualifiées de faibles si l'on s'en réfère aux tables d'interprétation (une VO2Max est considérée comme satisfaisante si elle se maintient entre 30 et 45 mL/kg/minute entre 26 et 70 ans). Dans ce contexte, le CRF peut effectivement améliorer le statut des patients VIH/sida. Des interventions à base d'activités physiques vont améliorer la VO2Max d'environ 3,5 mL/kg/minute et ce bénéfice sera d'autant plus important que le taux de cellules CD4+ est plus élevé. L'exercice modéré semble plus efficace qu'un exercice de haute intensité.

Bénéfique mais …

Le problème est la mise en place de cette approche. Une méta-analyse a démontré que près de 30% des patients inclus dans les études arrêtent l'activité au bout de quelques temps, et ce chiffre est beaucoup plus élevé que celui qu'on rencontre dans une population VIH- qui présentent des co-morbidités. Comment faire pour implanter ces initiatives? C'est difficile mais le jeu en vaut la chandelle: une augmentation de quelques pourcents de l'activité physique entraîne des retombées sanitaires et aussi économiques significatives en termes de réduction des dépenses liées aux médicaments, aux soins de santé, à l'absentéisme, aux pré-pensions, etc.
 

Dr Claude Biéva

Référence
Belgium Research on AIDS and HIV Consortium (BREACH) (La Hulpe, Belgique): 3 – 4 mai 2019.

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