Comment faire la preuve d’un dopage à la testostérone ?

Puissant psychostimulant qui accroît le potentiel de motivation du sportif, la testostérone permet également d'augmenter la masse musculaire et la force ainsi que la résistance à la fatigue. Interdit depuis 1984, l'apport externe de testostérone est détectable par un test qui évalue le rapport testostérone/épitestostérone (égal à 1 pour 90 % des individus). La constatation d'un rapport testostérone/épitestostérone (TE) supérieur à 4 dans l'urine est interprétée comme une infraction à moins qu'il ne soit établi que cette anomalie est due à une condition physiologique ou pathologique, par exemple, une faible excrétion d'épitestostérone, la production d’androgènes par une tumeur ou des déficiences enzymatiques.

Détecter la testostérone dans les urines n’est pas difficile avec la spectrométrie de masse en chromatographie gazeuse. Mais, cette technique qui autorise l’identification et la caractérisation des stéroïdes et de leurs métabolites ne permet pas de déterminer s’il s’agit de testostérone endo- ou exogène. Les instances internationales (l’Agence mondiale anti-dopage, ou WADA) prévoient en cas de ratio T/E élevé deux approches pour savoir si l’athlète produit naturellement un excès de testostérone où s’il a eu recours à un apport extérieur.

Premièrement, on cherche à connaître le rapport T/E naturel de l’athlète, en analysant trois échantillons d’urine (collectés dans le passé ou à la suite du test positif). Si les résultats de ces analyses varient de moins de 30 % chez l’homme, de moins de 60 % chez la femme, on considère que le ratio T/E est naturellement élevé. Reste à savoir pourquoi, ce qui peut conduire à des analyses plus poussées pour rechercher un déséquilibre hormonal ou une pathologie.

La deuxième approche consiste à tirer parti des différences qui existent entre la testostérone naturelle et la testostérone de synthèse obtenue à partir de stérols végétaux. La testostérone naturelle contient plus de carbone 13 (C 13 : six protons, sept neutrons), l’un des trois isotopes du carbone, que la testostérone semi-synthétique, qui elle, est plus riche en carbone 12 (C 12 : six protons, six neutrons). La quantité de chacun de ces isotopes est mesurée par une méthode appelée Isotope Ratio Mass Spectrometry (IRMS). Les composés sont d’abord séparés par chromatographie en phase gazeuse, puis la spectrométrie de masse sert à déterminer les proportions en isotopes des fractions analysées ; le ratio C 13/C 12 de l’échantillon suspect est comparé à un standard correspondant à la testostérone endogène. Un ratio plus bas que le standard signe la prise de testostérone semi-synthétique.

L’équipe du laboratoire suisse d’analyse de produits dopants de l’Institut de Médecine Légale de Lausanne a pu vérifier l’intérêt de cette méthode pour la détection de toute administration endogène de testostérone par voie intramusculaire. Quant à la voie orale, la technique n’est fiable qu’à partir du moment où le test a été effectué au cours des premières heures (6 heures ?) qui suivent l’ingestion de testostérone. Reste le problème plus délicat de l’administration sous forme de patch…

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Saudan C et coll. : “Testosterone and doping control”. Br J of Sports Medicine 2006 ; 40 (Supplement 1):i21-i24; doi:10.1136/bjsm.2006.027482

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Vos réactions (1)

  • "Comment faire la preuve d’un dopage à la testostérone ?"

    Le 29 novembre 2006

    J'ai une autre proposition : comptons les "coups de boules" que donnent les athlètes au cours des matchs; bon, c'est vrai cela ne fonctionne qu'avec le foot ...

    Dr M Stevenson

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