Comment le coronavirus pourrait tuer Schengen

Bruxelles, le jeudi 21 mai – A l’heure du déconfinement, l’Europe s’interroge sur les modalités de réouverture des frontières. En Amérique du Sud, l’épidémie progresse rapidement.

« Le virus ne connait pas ces limites administratives » expliquait Emmanuel Macron le 27 février dernier, alors qu’on s’interrogeait sur la nécessité de fermer les frontières tandis que l’épidémie de coronavirus ne faisait que commencer en Europe. Sur ce sujet comme sur tant d’autres, les certitudes et les principes en vigueur depuis des années auront été balayés en quelques jours par la Covid-19. Tandis que le nombre de contaminations et de décès montaient en flèche, tous les pays d’Europe ont, début mars, fermé leurs frontières, faisant fi de l’espace Schengen et du sacro-saint principe de la libre circulation des personnes.

Depuis le 17 mars, toutes les frontières externes et internes (entre les états membres) de l’Union sont ainsi fermées. On a pu revoir aux frontières internes des scènes que l’on croyait oubliées, des files d’attente et des contrôles policiers, seuls ceux ayant un motif impératif pouvant entrer sur le territoire. A l’heure du déconfinement, les pays européens doivent désormais rouvrir progressivement les frontières en trouvant un savant équilibre, pour faire repartir les échanges économiques et le tourisme tout en évitant une propagation du virus.

Réouverture des frontières européennes en ordre dispersé

S’agissant des frontières extérieures de l’Union Européenne, il semble acquis, sur recommandation de la Commission Européenne, qu’elles resteront fermées au moins jusqu’au 15 juin. La plupart des pays du monde ont de toute façon fermé leurs frontières aux Européens à l’exception notable de la Chine.

Pour les frontières internes, malgré les appels de la Commission à coordonner la levée des contrôles, la réouverture se fait en ordre dispersé. L’Italie a ainsi indiqué, pour sauver sa saison touristique, que les étrangers communautaires seraient les bienvenus dès le 3 juin. Plusieurs pays prennent des accords bilatéraux, sans se soucier de l’avis de Bruxelles. Depuis le 5 mai, les frontières sont rouvertes entre les trois pays baltes.

L’Allemagne va elle progressivement assouplir les contrôles aux frontières suisses, autrichiennes et françaises. Quant à l’Espagne, elle a décidé de faire bande à part, en imposant une quarantaine de quatorze jours à tous les étrangers, y compris communautaires, depuis vendredi.

Plus de 1 000 morts par jour au Brésil

Si l’épidémie ralentit en Europe et aux Etats-Unis, qui opèrent un retour prudent à la normale, elle progresse rapidement en Amérique latine. Le Pérou et l’Equateur ont récemment dépassé la barre des 3 000 morts. Au Chili, pourtant l’un des pays les plus riches du continent, l’armée a dû être appelé en renfort pour stopper des émeutes de la faim.

Au Brésil (18 900 morts), qui déplore désormais plus de 1 000 décès quotidiens, le ministère de la santé recommande l’usage de la chloroquine pour freiner l’épidémie, à la grande joie du président Jair Bolsonaro, partisan convaincu de ce traitement antipaludéen. Le chef de l’Etat va devoir se trouver un troisième ministre de la santé en seulement deux mois, après la démission, pour des « divergences de vues » de Nelson Teich.

L’inquiétude est grande notamment dans les prisons sud-américaines, particulièrement insalubres et surpeuplés. Plusieurs foyers de contamination y ont été signalés. La crainte de l’épidémie et l’arrêt des visites ont provoqué des émeutes dans plusieurs établissements pénitentiaires : 47 personnes sont mortes dans une mutinerie au Venezuela le 1er mai, tandis que 1 300 prisonniers se sont échappés au Brésil dimanche dernier.

Aux grands maux les grands remèdes : le parlement mexicain a décidé d’amnistier tous les délinquants non violents non-récidivistes.

Q.H.

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