Comment les médecins de secteur 2 font-ils face à la "concurrence" ?

Paris, le mercredi 8 janvier 2020 – Les pratiques tarifaires des médecins installés en secteur 2 sont l’objet d’une attention soutenue de la part des pouvoirs publics. Si le niveau des tarifs de ces praticiens n’ont pas d’impact sur les finances publiques  (puisque les dépassements ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale), la vigilance des autorités est liée à la nécessité de garantir un égal accès aux soins, alors que dans certaines zones le nombre de praticiens installés en secteur 1 ne cesse de diminuer.

Le secteur 2 progresse

En témoignent des données publiées par la Direction des ressources, des évaluations et des études statistiques du ministère de la Santé (DREES) qui révèlent qu’entre 2011 et 2014 une majorité des gynécologues (85 %), des ophtalmologues (85 %) et des pédiatres (53 %), nouvellement installés, ont choisi le secteur 2. Ce phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur ces dernières années. Cependant, des disparités existent en fonction des spécialités : ainsi aujourd’hui 51 % des gynécologues et des ophtalmologues exercent en secteur 2, mais seulement 31 % des pédiatres.

Un environnement professionnel changeant

Compte tenu de l’âge moyen des praticiens, ces derniers exercent dans un contexte en constante évolution. Ainsi, entre 2011 et 2014, l’ensemble des spécialistes de secteur 2 étudiés ont assisté à une modification de leur environnement professionnel : 25 % ont vu partir deux "concurrents" de secteur 2, 25 % en ont perdu un et 25 % en ont gagné un. Parallèlement, les trois quart des spécialistes de secteur 2 ont assisté à la diminution du nombre de médecins installés en secteur 1 dans leur environnement proche ; pour un quart d’entre eux, deux praticiens de secteur 1 ont cessé leur activité.

Un effet certain de la concurrence

Dans ce contexte mouvant, quelle influence la "concurrence" de leurs confrères a sur l’activité et le niveau des tarifs de secteur 2 ? Les auteurs de la DREES ont d’abord relevé un phénomène paradoxal : « Dans les trois spécialités étudiées, le prix moyen pratiqué par un médecin de secteur 2 paraît de prime abord corrélé positivement avec la densité médicale locale. Ainsi, plus il y a de confrères installés autour de lui, plus le tarif du spécialiste est élevé, alors que la concurrence devrait théoriquement provoquer l’effet inverse ». Il s’agit cependant d’une corrélation en trompe l’œil qui disparaît quand est prise en compte la commune d’exercice du praticien et qui s’inverse quand on retient également « les caractéristiques individuelles des médecins, comme le choix de localisation de leur cabinet par exemple ». Dès lors, on relève très certainement une influence entre le niveau de tarif des praticiens et la densité de médecins de secteur 2 installés à proximité. « Un médecin spécialiste de secteur 2 qui voit s’installer dans sa commune un confrère exerçant lui aussi en secteur 2 serait amené, à population donnée, à baisser son prix de 3,5 % en moyenne. S’il s’agit de l’arrivée d’un médecin exerçant en secteur 1, l’incidence pour le médecin de secteur 2 déjà présent serait réduite de moitié, mais toujours significative », résument les auteurs de la DREES.

Les médecins ne sont pas dans le toujours plus

Cependant, on ne constate pas parallèlement de baisses de revenus : la diminution de ces derniers que devrait entrainer la réduction des tarifs est en effet compensée notamment pour les spécialités "techniques" par une augmentation des actes, qui sont néanmoins de manière générale l’objet de dépassements moins élevés, car comme le souligne la DREES ils sont mieux rémunérés par l’Assurance maladie. D’ailleurs, parmi l’ensemble des facteurs influençant les niveaux de tarifs des praticiens et leur volume d’activité (volume plus influencé par des considérations personnelles en secteur 1 qu’en secteur 2), la DREES n’évoque nullement cette question de la valorisation des actes par l’Assurance maladie.

On retiendra enfin comment cette enquête semble mettre en évidence chez de nombreux praticiens (de secteur 1 comme de secteur 2) la détermination d’un revenu cible, en fonction duquel ils modulent leur activité. On remarque ainsi qu’en cas de revenus extérieurs nouveaux (immobiliers ou liés à une hausse des émoluments du conjoint), les praticiens ont tendance à revoir leur niveau d’activité (voire leurs tarifs) à la baisse.

Étude de la DREES : https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er1137.pdf

Aurélie Haroche

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